dimanche 11 février 2018

Le jour où j'ai tapissé mon vieux fauteuil

J'admets. Ce titre est mensonger ... réellement ... parce qu'il m'a fallu bien plus qu'un seul jour pour relever ce défi ... ce truc auquel je pensais depuis un bout de temps ... ce truc qui me taraudait et qui ma foi s'accordait plutôt bien dans mon planning hivernal de saisonnière au repos.
poele à bois allumé dans une maison en pierres avec un fauteuil devant


Pourquoi tapisser un vieux fauteuil ? 


Mais quelle idée ? Pourquoi se faire autant de mal ... parce que je vous le dis, ça fait mal : ampoules aux doigts, dos cassé et tendinite au poignet ! J'exagère à peine ... la satisfaction du fait maison se paie croyez-moi ! Mais ces 2 fauteuils ont marqué ma vie (oui il s'agit d'une paire et je vais récupérer le second au printemps pour le rénover lui aussi). Je les ai toujours vus. Même si ce ne sont pas des Louis Philippe d'époque, ils sont quand même entièrement réalisés à l'ancienne en merisier ... on est loin du contre plaqué Ikea tout de même.
Je le voyais traîner seul dans ma maison abandonné ... il m'encombrait ... il fallait faire un choix : soit s'en débarrasser, soit lui offrir une 2ème vie.
J'ai passé beaucoup de temps sur Youtube à étudier le process. Serai-je capable de le sauver ? Et puis dans une soirée j'ai rencontré une nana qui venait de se taper un Voltaire pour la première fois (enfin vous me comprenez), alors pourquoi pas moi ? 

Un mercredi aprem de soldes, j'ai traîné les filles ravies chez Mondial Tissu (qui en ont profité pour acheter plein de tissu et galons histoire de renouveler la garde-robe des poupées). J'ai profité des super gros rabais pour me lancer. Au moins si je rate, je ne m'assois pas (ah ah ah) sur 50 € de tissu à tapisser. 

J'ai donc franchi le cap. J'ai investi dans un motif que je n'imaginais pas choisir comme ça au départ, qui finalement me plaisait vraiment et qui avait cet avantage incontestable d'être à -70 % !!! Courageuse d'accord mais pas téméraire ! 
tissu pour tapisser un vieux fauteuil louis philippe
Il était temps !!! 

assise trouée d'un vieux fauteuil louis philippe
fauteuil troué sur l'assise


Tapisser un fauteuil en étant débutant c'est possible ! 


Je n'ai pas pris de cours, j'ai tout réalisé grâce aux tutos dégotés sur Youtube (principalement celui-ci de Du côté de Chez Vous), je me suis lancée un point c'est tout ! 
J'ai tout de même pris le minimum de risque : le fauteuil était vraiment usé (pas que l'assise, des marques à plusieurs endroits sur le bois aussi). Si je l'achevais c'était certes très triste sans être dramatique ! J'ai également pris la décision de le faire a minima niveau prix. Parce que le vrai matos a un coût. N'étant pas sûre d'y arriver, je ne voulais pas investir des sommes astronomiques. Et soyons réaliste, si j'avais eu 200 € à dépenser je pense que j'aurais craqué sur ce petit modèle en soldes repéré dans un magasin de meubles !!! 
matériel et outls utilisés pour tapisser mon fauteuil

Mon budget matériel pour tapisser mon vieux fauteuil : 


  • tissu pour 3,50m (j'en ai utilisé seulement la moitié le reste sera pour le 2ème fauteuil) :      21 € soit 10,50 € réellement pour ce fauteuil
  • décireur 0,5L : 12,40 €
  • lot de tampons en laine d'acier : 3,15 €
  • cire à effet blanchi : 12,95 €
  • semences 14mm : 3,75 €
  • 350 clous tapissier noirs : 18 €
  • 2 feuilles de papier de verre grain 120 : 1,12 €
  • lot de 3 pinceaux : 4 €
= 65,87 €

* J'avais grâce à l'Homme le reste : pince, marteau, tourne-vis et une agrafeuse murale *
Je n'aurai qu'à racheter les clous tapissier pour le 2nd fauteuil : budget amorti pour 2 sans souci !

Vous constatez que le coût tapisserie est réel. Honnêtement, j'ai vraiment galéré avec du matériel inadapté au travail que j'avais à effectuer. Je m'en suis sorti mais ce n'est pas parfait. J'ai mis 2 fois plus de temps à retirer les clous au tourne-vis et à la pince (voir vidéo en fin de post) en terminant avec des ampoules aux doigts. Normalement ça se fait au pied de biche et au maillet en buis. 
Enfin il faut être lucide, j'ai raté la mise en place des clous tapissier. Ils ne sont pas droit et mal placés parce qu'il faut là aussi un marteau spécial. Si vous avez le budget investissez au moins sur le marteau pour les clous, ça vaut vraiment le coup !!! 

Les différentes étapes pour relooker un vieux fauteuil :


1/ Enlever les clous et le tissu


J'ai mis 3 heures pour tout retirer ... et je n'ai pas capitulé quand j'ai découvert que mon prédécesseur était un monomane des agrafes ... la petite surprise bien sympa qu'on découvre sous les clous.

Pour l'assise, ça se présente comme je m'y attends :
tissu de l'assise du fauteuil à moitié enlevé
Pour le dossier, le suspense est à son comble ... qu'y a-t-il dessous ? : 
Ô stupeur : du crin en rembourrage comme pour l'assise, je ne m'attendais pas à ça du tout (ça ne se présentait jamais comme ceci sur tous les tutos que j'avais vus). Je l'ai retiré délicatement et conservé bien en l'état.
rembourrage du dossier d'un vieux fauteuil retiré
Une fois l'arrière du dossier enlevé, à nous les agrafes !!!

2/ Décirer et poncer


Sur ma terrasse j'ai passé du décireur à l'aide d'un tampon de laine d'acier puis j'ai poncé (voir vidéo en fin d'article)
fauteuil nu et poncé vu du dessus
vue sur l'ance du fauteuil après le ponçage
Je ne savais pas trop comment m'y prendre pour réparer l'assise ouverte, j'ai tout simplement cousu le molleton grossièrement. J'avais peur qu'on voit un bourrelet sous le tissu mais au final pas du tout. 

3/ Cirer le fauteuil (et surtout ne pas peindre)


Je n'ai pas de photo de cette étape. J'ai tout simplement appliqué la cire au pinceau comme expliqué sur la boîte. Je n'aime pas particulièrement cet effet blanchi. Je me dis qu'une patine bois aurait été mieux. Ceci étant, le blanc s'accorde bien avec le tissu et j'avoue que ça a merveilleusement bien caché les marques sur le bois. On ne sait pas si il s'agit finalement de l'effet ou d'un défaut, raison pour laquelle j'ai conservé cette teinte. 
J'ai aussi privilégié la cire à la peinture car de la sorte je ne condamne pas le bois. Si jamais un ébéniste voulait récupérer le merisier : décireur + ponçage et le tour est joué. Je n'ai pas altéré la matière. Autre avantage : ultra facile à appliquer, ça sèche en 2 heures, on peut donc enchaîner sur la tapisserie dans la foulée.


4/ Découper le tissu et le positionner


Le lendemain, j'ai attaqué la pose du tissu en choisissant la méthode avec des semences uniquement. C'est un peu plus long, mais n'ayant pas d'agrafeuse électrique efficace je n'avais pas vraiment le choix. Ceci dit, je n'avais pas non plus spécialement envie de le faire à l'agrafeuse comme dans plein de tutos sur Internet. J'ai continué à suivre les méthodes de cette vidéo
Il fallait que je fasse une ânerie et je l'ai faite bien sûr ! J'ai coupé trop loin dans un angle de l'assise. Heureusement j'ai pu compenser un chouilla en tirant comme une folle au maximum le tissu dans le coin.  J'ai ensuite caché la misère avec les clous tapissier. 
tissu sur une table prêt à être découpé pour tapisser un fauteuil
assise de fauteuil en train d'être tapissée à l'aide de semences
Tendre la toile au maximum et centrer correctement les motifs
gros plan sur l'assise d'un fauteuil en train d'être tapissé à l'aid ede semences
L'art et la manière de se dé...brouiller !
J'ai totalement improvisé pour le dossier. J'ai récupéré l'ancien et je l'ai habillé à moitié en faisant quelques points aux angles. 
dossier de fauteuil en train d'être tapissé du nouveau tissu
recouvrir le dossier du fauteuil à tapisser avec le nouveau tissu

5/ tapisser 


Pour l'assise : ourler le tissu au ras du bois en replaçant les semences petit à petit.
Pour le dossier :  j'ai agrafé l'arrière (voir vidéo en fin de post) puis positionné par dessus mon ancien dossier recouvert de sa pseudo nouvelle housse. Pas d'ourlet à faire dans cette situation puisque le tissu est déjà replié sans qu'il puisse s'effilocher. J'ai bien aimé ma petite idée finalement !!! Super pratique ... pas académique pour un sou mais pratique ! 
À ce moment je kiffe mon fauteuil, je l'aurais bien laissé comme ça ... mais le plus dur me restait à faire et ça je ne le savais pas ...

6/ Enfoncer les clous !


Mamamia mais quelle horreur ! On peut dire qu'à cet instant j'ai fusillé le fauteuil ! J'en ai bavé avec mon marteau pas adapté pour un sou ... mes clous qui ne s'enfonçaient pas droit comme je le voulais ... j'ai dû en massacrer une bonne vingtaine ... 
Je l'ai fait en 2 jours tellement ça m'énervait ... non pas que ça prenne trop de temps mais que mes nerfs étaient à 2 doigts de lâcher ... (on me souffle dans l'oreillette qu'ils ont en fait lâché ... oops ).
On ne peut pas dire que tout soit raté car honnêtement quand on passe devant ce fauteuil sans le scruter, sans trop s'attarder sur les détails il est plutôt sympa ... j'éviterai juste d'inviter un tapissier à la maison histoire de le garder en vie de peur qu'il clamse d'une apoplexie ! 
Finissons sur une touche enjouée et positive parce que je l'aime d'amour ce fauteuil ! 
Et pourquoi ça ? Tout simplement parce que je me suis donnée du mal, que je l'ai choyé à ma manière ... pensant à chaque minute à son créateur l'ébéniste qui m'aurait maudite de de me voir m'acharner sur son oeuvre ... se dire que ce meuble a une histoire ... qu'il va continuer à partager la nôtre et espérer un jour entendre les filles dire 'tu te souviens quand maman avait tapissé le fauteuil' ... peut-être même qu'elles seront les prochaines à lui offrir une 3ème vie ! Parce que j'aime être matérialiste ... de ces objets dont la valeur n'est que sentimentale comme on dit.

Mon fauteuil en quelques images animées : 

samedi 3 février 2018

Justine, la peur de ma vie

Ce roman est certes terrifiant ... ceci étant c'est plutôt un autre élément qui m'a fichu la trouille ... 

Justine, le thriller de mon amie Anna Knyszewski


Voilà ... ainsi est la raison de cette flippe incontrôlable ... vous l'avez droit devant vous ... écrit distinctement sous vos yeux : c'est ma pote qui l'a écrit. 
J'ai mis quasi un an à me décider à l'acheter ... non pas que je n'en crevais pas d'envie ... non pas que je n'avais pas la somme requise ... non ... ce n'est pas ça ... la couverture est canon de surcroît ... il donne vachement envie ce bouquin ... et pourtant ... j'avais la frousse d'être déçue ... tétanisée par l'éventualité de lui balancer un "sympa ton livre, et sinon t'as trouvé une nouvelle partenaire de squash ?" ... méthode dérivative absolument pitoyable qui ne m'aurait pas fait tenir 10 minutes face à elle ... les yeux dans les yeux ... tellement je ne sais pas mentir dans les situations chargées affectivement. 
Justine d'Anna Knyszewski aux éditions Les Presses Littéraires 

Se cacher pour lire 


Tout d'abord il a fallu que je passe le cap ... j'ai utilisé un alibi : ma mère. J'ai en fait acheté Justine pour elle. Elle m'avait suggéré 2 titres à lui offrir pour Noël ... introuvables ... j'ai alors remplacé son envie en lui imposant mon choix : le livre d'Anna qu'elle avait d'ailleurs rencontrée le 25 décembre ... si c'n'est pas un signe ça franchement ! 
Quelques jours plus tard, je reçois un texto "et ben chapeau Anna !". J'ai senti à l'instant T un soulagement infini ... si ma mère kiffe c'est qu'il y en a sous le capot, croyez-moi.

Mon angoisse se transforma en OUF puis en VITE

J'ai commencé à déguster l'ouvrage confortablement planquée au fond de mon lit ... à l'engloutir devrais-je plutôt dire ... ne faisant qu'une bouchée de la Justine ... en 2 soirs l'histoire était dévorée.

L'exploit d'oublier l'identité de l'auteur


Anna est une copine vous l'avez compris. Anna tient un blog d'humeur drôle et acide. Anna est chroniqueuse radio, Anna a sa rubrique dans LE gratuit de mon département ... bref Anna je connais son style (oserais-je dire par coeur ???), sa voix et son phrasé si singulier. Quand je la lis, je l'entends parler ... sauf que ... dans Justine elle se fait littéralement oublier. L'écrivain se révèle (désolée je n'y arriverai jamais avec "écrivaine", n'y voyez aucun hommage subliminal à Angot). L'auteur prend le dessus évinçant l'amie instantanément. Ce livre est évidemment marqué au fer rouge, tatoué de son humour noir et grinçant comme le stipule sans mentir la 4ème de couverture. C'est sa marque de fabrique mais c'est la narratrice que j'entends. Anna a disparu.


Justine : une prouesse d'équilibriste


Venons-en au vif de sujet : le pitch ! Mais c'est qui Justine ? Ça parle de quoi ? C'est un polar ?
Pas du tout.
C'est un thriller.
Il y a une enquête alors ? 
NON.

Le récit se suffit à lui-même pour créer le suspense. Oui il y a un meurtre. Oui on crève d'envie de savoir pourquoi, par qui et comment. Oui on est suspendu à la plume de Justine qui nous raconte tout ... vraiment tout ... des détails les plus sordides ... parce que les morts sont bien présents je vous dis ... aux plus co(s)miques j'ai envie de dire ... parce que pour moi Justine est cosmique ... venant du cosmos comme son terme l'indique ... similaire à nous autres les hommes et si étrange(re) à la fois ... perpétuant le mystère de ceux qui vous tiennent en haleine de la page 1 à la dernière.

Comment vous expliquer ? C'est pourtant simple, Justine est témoin d'un assassinat ... mais de quelqu'un de proche ... un peu comme dans un vase clos ... un truc épais qui vous englue dans une atmosphère surannée et contemporaine à la fois. Voyez-vous il est là le job d'équilibriste d'Anna Knyszewski : créer un espace intemporel (même si l'histoire n'a strictement rien à voir, je me suis projetée dans un univers à la Ozon version 8 femmes), tenir son lecteur au bord de la syncope impatient de découvrir le dénouement ultime en pétant de rire toutes les 5 lignes. À part elle, je n'en connais pas beaucoup capable de faire ça.

C'est quoi le style d'Anna Knyszewski ? 


Elle est un Gad Elmaleh puissance 10 (le style littéraire en + ça va de soi) capable de transformer n'importe quelle situation en farce si besoin, nous plongeant le nez dans la farine. Elle nous remet les yeux en face des trous, révélant à quel point certaines scènes du quotidien peuvent être finalement absurdes ; surfant allègrement sur les caricatures de ces personnages que nous avons tous rencontrés dans la vraie vie.
Sa verve acerbe est accentuée dans ce livre par le tempérament atypique de Justine même si au chapitre 7, cette fille "énigme" retrouve en mon sens un peu d'humanité.

Ce que j'aime chez Anna ce sont ses fins de phrase brut de décoffrage qui me font juste pouffer par leur simplicité, mises en exergue par le caractère glacial de la narratrice qui n'a de cesse d'analyser avec un recul chirurgical toutes les situations :
"Beau cadre pour mourir quand même. Dommage qu'il ait tout salopé. Deux dents cassées, la nuque brisée, le crâne enfoncé et deux douzaines de tulipes renversées. Il était déjà froid quand elle l'a découvert, collé à l'épais tapis blanc, devenu marron du coup. (...) On a dû jeter le tapis et renvoyer la femme de ménage. Elle l'avait nettoyé à l'eau chaude."
On peut enfin et surtout attribuer à Anna l'Oscar de la métaphore. Je n'ai jamais lu un auteur capable d'associer autant d'images à chaque pensée. Un reproche que je pourrais lui faire toutefois, histoire de garder grâce à vos yeux dans un sursaut d'objectivité, l'utilisation parfois abusive du "comme". Même si elle déploie un style profondément dense pour pallier cette conjonction, le "comme" reste inévitable. Il fallait bien que je trouve un bémol sinon vous allez me traiter de vendue ... et pour me faire instantanément pardonner par ma copine romancière, je vous dévoile la crème de la crème d'une comparaison à la Knyszewski comme je les aime : 
"Dans les comédies américaines, des gens applaudissent ce genre de démarche, c'est dire si c'est émouvant. Je devais pour ma part être une diabétique du sentiment, car tout ce sirop m'écoeurait au point que je sentis mes organes se confire."

En conclusion ? 


Justine j'ai adoré. Justine m'a happée. Je me suis même fait avoir sur la fin (c'est ce qu'on demande à un thriller n'est-ce pas ?) pensant avoir tout compris ...  me cassant le nez sur ma clairvoyance court-circuitée. 
Foncez, laissez-vous harponner par l'impassible et addictive Justine.