samedi 3 février 2018

Justine, la peur de ma vie

Ce roman est certes terrifiant ... ceci étant c'est plutôt un autre élément qui m'a fichu la trouille ... 

Justine, le thriller de mon amie Anna Knyszewski


Voilà ... ainsi est la raison de cette flippe incontrôlable ... vous l'avez droit devant vous ... écrit distinctement sous vos yeux : c'est ma pote qui l'a écrit. 
J'ai mis quasi un an à me décider à l'acheter ... non pas que je n'en crevais pas d'envie ... non pas que je n'avais pas la somme requise ... non ... ce n'est pas ça ... la couverture est canon de surcroît ... il donne vachement envie ce bouquin ... et pourtant ... j'avais la frousse d'être déçue ... tétanisée par l'éventualité de lui balancer un "sympa ton livre, et sinon t'as trouvé une nouvelle partenaire de squash ?" ... méthode dérivative absolument pitoyable qui ne m'aurait pas fait tenir 10 minutes face à elle ... les yeux dans les yeux ... tellement je ne sais pas mentir dans les situations chargées affectivement. 
Justine d'Anna Knyszewski aux éditions Les Presses Littéraires 

Se cacher pour lire 


Tout d'abord il a fallu que je passe le cap ... j'ai utilisé un alibi : ma mère. J'ai en fait acheté Justine pour elle. Elle m'avait suggéré 2 titres à lui offrir pour Noël ... introuvables ... j'ai alors remplacé son envie en lui imposant mon choix : le livre d'Anna qu'elle avait d'ailleurs rencontrée le 25 décembre ... si c'n'est pas un signe ça franchement ! 
Quelques jours plus tard, je reçois un texto "et ben chapeau Anna !". J'ai senti à l'instant T un soulagement infini ... si ma mère kiffe c'est qu'il y en a sous le capot, croyez-moi.

Mon angoisse se transforma en OUF puis en VITE

J'ai commencé à déguster l'ouvrage confortablement planquée au fond de mon lit ... à l'engloutir devrais-je plutôt dire ... ne faisant qu'une bouchée de la Justine ... en 2 soirs l'histoire était dévorée.

L'exploit d'oublier l'identité de l'auteur


Anna est une copine vous l'avez compris. Anna tient un blog d'humeur drôle et acide. Anna est chroniqueuse radio, Anna a sa rubrique dans LE gratuit de mon département ... bref Anna je connais son style (oserais-je dire par coeur ???), sa voix et son phrasé si singulier. Quand je la lis, je l'entends parler ... sauf que ... dans Justine elle se fait littéralement oublier. L'écrivain se révèle (désolée je n'y arriverai jamais avec "écrivaine", n'y voyez aucun hommage subliminal à Angot). L'auteur prend le dessus évinçant l'amie instantanément. Ce livre est évidemment marqué au fer rouge, tatoué de son humour noir et grinçant comme le stipule sans mentir la 4ème de couverture. C'est sa marque de fabrique mais c'est la narratrice que j'entends. Anna a disparu.


Justine : une prouesse d'équilibriste


Venons-en au vif de sujet : le pitch ! Mais c'est qui Justine ? Ça parle de quoi ? C'est un polar ?
Pas du tout.
C'est un thriller.
Il y a une enquête alors ? 
NON.

Le récit se suffit à lui-même pour créer le suspense. Oui il y a un meurtre. Oui on crève d'envie de savoir pourquoi, par qui et comment. Oui on est suspendu à la plume de Justine qui nous raconte tout ... vraiment tout ... des détails les plus sordides ... parce que les morts sont bien présents je vous dis ... aux plus co(s)miques j'ai envie de dire ... parce que pour moi Justine est cosmique ... venant du cosmos comme son terme l'indique ... similaire à nous autres les hommes et si étrange(re) à la fois ... perpétuant le mystère de ceux qui vous tiennent en haleine de la page 1 à la dernière.

Comment vous expliquer ? C'est pourtant simple, Justine est témoin d'un assassinat ... mais de quelqu'un de proche ... un peu comme dans un vase clos ... un truc épais qui vous englue dans une atmosphère surannée et contemporaine à la fois. Voyez-vous il est là le job d'équilibriste d'Anna Knyszewski : créer un espace intemporel (même si l'histoire n'a strictement rien à voir, je me suis projetée dans un univers à la Ozon version 8 femmes), tenir son lecteur au bord de la syncope impatient de découvrir le dénouement ultime en pétant de rire toutes les 5 lignes. À part elle, je n'en connais pas beaucoup capable de faire ça.

C'est quoi le style d'Anna Knyszewski ? 


Elle est un Gad Elmaleh puissance 10 (le style littéraire en + ça va de soi) capable de transformer n'importe quelle situation en farce si besoin, nous plongeant le nez dans la farine. Elle nous remet les yeux en face des trous, révélant à quel point certaines scènes du quotidien peuvent être finalement absurdes ; surfant allègrement sur les caricatures de ces personnages que nous avons tous rencontrés dans la vraie vie.
Sa verve acerbe est accentuée dans ce livre par le tempérament atypique de Justine même si au chapitre 7, cette fille "énigme" retrouve en mon sens un peu d'humanité.

Ce que j'aime chez Anna ce sont ses fins de phrase brut de décoffrage qui me font juste pouffer par leur simplicité, mises en exergue par le caractère glacial de la narratrice qui n'a de cesse d'analyser avec un recul chirurgical toutes les situations :
"Beau cadre pour mourir quand même. Dommage qu'il ait tout salopé. Deux dents cassées, la nuque brisée, le crâne enfoncé et deux douzaines de tulipes renversées. Il était déjà froid quand elle l'a découvert, collé à l'épais tapis blanc, devenu marron du coup. (...) On a dû jeter le tapis et renvoyer la femme de ménage. Elle l'avait nettoyé à l'eau chaude."
On peut enfin et surtout attribuer à Anna l'Oscar de la métaphore. Je n'ai jamais lu un auteur capable d'associer autant d'images à chaque pensée. Un reproche que je pourrais lui faire toutefois, histoire de garder grâce à vos yeux dans un sursaut d'objectivité, l'utilisation parfois abusive du "comme". Même si elle déploie un style profondément dense pour pallier cette conjonction, le "comme" reste inévitable. Il fallait bien que je trouve un bémol sinon vous allez me traiter de vendue ... et pour me faire instantanément pardonner par ma copine romancière, je vous dévoile la crème de la crème d'une comparaison à la Knyszewski comme je les aime : 
"Dans les comédies américaines, des gens applaudissent ce genre de démarche, c'est dire si c'est émouvant. Je devais pour ma part être une diabétique du sentiment, car tout ce sirop m'écoeurait au point que je sentis mes organes se confire."

En conclusion ? 


Justine j'ai adoré. Justine m'a happée. Je me suis même fait avoir sur la fin (c'est ce qu'on demande à un thriller n'est-ce pas ?) pensant avoir tout compris ...  me cassant le nez sur ma clairvoyance court-circuitée. 
Foncez, laissez-vous harponner par l'impassible et addictive Justine.

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