lundi 30 octobre 2017

Ces femmes que je déteste ...

Je vous le confirme, je n'ai pas que des copines. 


Une sensation de trahison ultime ... ce moment où l'on pense être en sécurité ... entourée d'âmes bienveillantes ... d'âmes soeurs ... cet instant où l'on est en confiance absolue ... convaincue d'être parmi les siennes ... à sa place ... et BIM ... à peine retournée : coup de poignard dans le dos.

Vous pensiez que j'ignorerais la révolution actuelle en marche ? moi ? JAMAIS

Depuis quelques semaines j'ai mal et je jubile ... un mélange étrange que je n'aurais cru compatible : l'exaltation de voir les femmes enfin dénoncer les atrocités qu'elles ont subies, et de l'autre, la souffrance de ces expériences répugnantes. 
Bien sûr que je valide les # quels qu'ils soient sur la toile tant qu'ils soulagent, qu'ils pansent et qu'ils font les femmes se sentir plus fortes et moins seules. 


#metoo #balancetonporc ... tout est bon à prendre

J'ai personnellement témoigné sur twitter ... une seule fois ... tandis que j'aurais pu inonder le réseau ... 
A part ce tweet, je suis restée en retrait ... en phase d'observation ... m'interrogeant ... faut-il balancer les noms ? ... balancer les histoires sans aucun doute ... mais les noms ???
Puis je restais incrédule face à ceux qui semblaient découvrir le phénomène du harcèlement qu'on vit quotidiennement ... pourtant ça commence à faire un bail que les témoignages se multiplient sur le web ... il y a encore peu je partageais sur facebook le compte Instagram de Noa Jansma. Elle dénonce les "catcallersà coup de selfies ... un exemple parmi tant d'autres ...

Un jour, il y a eu ce texte d'une actrice partagé par le Huffpost ... un texte qui ne m'a pas spécialement marqué mais qui avait comme tant d'autre le mérite d'être son témoignage à elle. La forme était contestable mais le fond ? que peut-on critiquer face à une agression ? sur quoi peut-on se prononcer quand on ne l'a pas vécue ? J'ai eu le malheur de lire quelques commentaires ... mon coeur s'est emballé ... puis la moutarde m'est monté au nez ... la rage m'a emportée : les pires remarques venaient de femmes. Je me retrouvais face à des hyènes en puissance ... de l'espèce de celles qui jouent contre leur camp.

La première traitait ces actrices de "chialeuses" ... 

Ahhh jalousie quand tu nous tiens ... le fait d'être un tantinet célèbre, plutôt jolie et d'exercer un métier trop cool dans l'inconscient collectif, leur interdit d'être avant tout une femme ... d'être la proie si facile de prédateurs. 
Si je comprends bien, quand on est sous les projecteurs pourquoi se plaindre ? C'est la rançon de la gloire en quelque sorte !!! Sauf que la plupart d'entre elles l'ont subi jeune et encore inconnue ... tâtonnant le milieu du bout des doigts ... Si j'entre dans ce raisonnement quand on est apprentie pâtissière un métier passion, on peut se révolter face au harcèlement ... pas quand on est apprentie modèle ou actrice ??? 


La deuxième émettait tout de même de sérieux doutes ...

Elles ne fabuleraient pas ces starlettes ? Juste histoire de faire le buzz ... de faire un peu parler de soi parce que franchement pour certaines les contrats ont peut-être du mal à tomber ces derniers temps ! 
C'est bien connu ... si vous voulez vous faire embaucher : dénoncez votre ancien boss, passez pour une chieuse, engagez un petit procès même ... ça va marcher du feu de dieu : les propositions vont affluer.

La troisième ne comprenait pas pourquoi elles ne leur mettaient pas une bonne torgnole direct à tous ces mecs ... ni pourquoi elles ne portaient pas plainte ...

Parce que vous savez, une fois un collègue l'a touchée, elle l'a bien sûr giflé dans la foulée ... un collègue donc ... on est bien d'accord ... mais si ça avait été son patron ... celui qui détient les clefs de son avenir ... lui assurant que ses gosses mangent matin, midi et soir ... 
Et si ça n'avait pas été juste une main posée sur l'épaule mais un acte violent dans un coin du bureau ... une tentative de viol, une étreinte forcée et intime ... n'aurait-elle pas perdu ses moyens ? le choc ne l'aurait-elle pas tétanisée au point d'oublier de composer le 17 ??? 

S'ajoutent à ces magnifiques interventions toutes celles qui ne voient pas où est le mal d'une bonne blague bien grasse sur leur physique, sans parler des femmes qui ont eu cette chance inouïe de ne jamais avoir été victimes de quoi que ce soit. 

Sincèrement je les envie. Parce que des situations traumatisantes j'en ai vécues des dizaines ... au point d'en oublier certaines ... d'en accepter d'autres résignée par la condition féminine dans notre société ... enfermée dans un carcan où il est normal qu'on vous fasse des réflexions salaces ... qu'on vous siffle dans la rue comme un chien ... qu'on vous insulte si par malheur on ne répond pas comme un gentil toutou.

Je suis #metoo parce que je sais ce que c'est de devoir se pointer 2 fois à la gendarmerie ... quand à la 1ère visite on refuse de prendre votre plainte l'agresseur étant un peu trop connu dans le village ...
Je #balancetonporc puisque je sais ce que c'est d'avoir la peur de sa vie en rentrant du lycée en métro un après-midi ... se retrouver face à un mec qui commence à se masturber en vous regardant droit dans les yeux ... se faire suivre quand on descend comme une furie à la première station ... se taper un sprint historique et revivre à l'instant où l'on franchit la surface. (pour les mauvaises langues j'étais dans ma phase grunge - treillis - Doc Martens) 
Je sais ce que c'est que de se prendre une main entre les jambes en montant les escaliers d'une sortie de métro ... se retourner par réflexe pour justement lui en décoller une ... mais ne pas reconnaître son agresseur dans le flow de la foule. (pour les sceptiques j'étais en simple jean - basket - manteau pourri)

Je vous laisserai sur ce top 3 parce que la liste est interminable ... 

Je conçois que beaucoup de femmes ne se soient jamais retrouvées dans ces situations déplorables. Je ne conçois pas en revanche qu'elles ne soient pas solidaires et révoltées. 

On ne peut décemment pas se féliciter de l'affaire Weinstein car on aurait aimé qu'elle n'existe pas.
Ceci étant, le harcèlement sexuel existe dans tous les milieux sans exception. Si on doit déceler une once de bénéfice en cette histoire abjecte c'est d'avoir permis la libération de la parole. Contrairement à ce que beaucoup de femmes pensent, le fait que ce soit des icônes qui exposent leurs agressions aidera beaucoup de jeunes filles à oser témoigner.

Quant à l'argument ultime des détractrices qui se demandent de quoi nous nous plaignons franchement ... alors qu'au Yemen les filles sont mariées de force à 10 ans et qu'on excise encore dans plein de pays d'Afrique ? 
Je leur répondrai que dans ce cas pourquoi demander une réévaluation du smic alors que le salaire moyen mensuel est de 65 $ par mois en Haïti. Pourquoi rester aux 35h alors qu'au Mexique on bosse 10 heures par jour ... ou encore pourquoi se faire suer avec la perpétuité alors qu'en Chine et en Iran on ne s'embête pas avec la surpopulation carcérale ... une bonne exécution et le tour est joué.

Nous devons être fière de lutter pour l'émancipation de la femme sur l'homme ... qui n'induit en aucun cas un rapport de force. Je ne cherche pas la domination simplement vivre librement.

Oublions à jamais la peur au ventre qui nous accompagne quand on sort tard le soir, la honte qui nous envahit quand on est victime de réflexions misogynes, et le dégoût de ces gestes déplacés bafouant notre intimité.

11 commentaires:

  1. Bravo ma Babidji ! Suis fière de toi.

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    1. Venant de toi je suis plus que flattée merci Anna ♥️

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  2. Je ne sais que rajouter à ton texte. Tu as tout dit et, même si notre situation est meilleure que dans certains pays, ils nous reste tant à faire ! A commencer, peut-être, par ne même plus avoir à justifier de notre tenue quand on subit ce genre d'acte ...

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    1. C'est exactement ça. Et qd des femmes st les 1ères à dire "si elle ne s'habillait pas comme ça" "si elle ne montrait pas ses fesses" ... faut pas s'étonner que les mentalités n'évoluent pas élèvent leurs enfants dans ces idées.

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    2. Je suis complètement d'accord avec vous, mais c'est compliqué, d'un côté j'apprend à ma fille qu'elle a le droit de s'habiller comme elle veut, que ça n'enlève rien à son intégrité qu'elle a le droit d'aller où bon lui semble peu importe l'heure (en fonction de son âge) et d'un autre côté, je voudrai la couvrir des pieds à la tête et l'enfermer chez moi pour qu'elle n'ait jamais à subir ces horreurs, du coup, je m'entends lui dire de pas s'habiller comme ceci ou cela....

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  3. merci. vous venez d ecrire exactement ce que je pense pour ne parler qu en mon nom ,et ce que nous vivons toutes ...ou presque...je n ai pas reussi à ecrire mon histoire n etant pas sûre de me defaire d un sac a dos pourri , melange de honte et de culpabilité( j en suis encore là). alors pour ce qui est de balancer un nom ...on a le droit? même de me poser la question j ai honte ... bref merci .

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    1. Le souci c'est qu'il y a des milliers de femmes qui ont honte alors que ce sont les agresseurs qui devraient avoir si honte ! Mais le vent semble tourner. À leur tour de se sentir des moins que rien ce qu'ils sont de toute façon !

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