jeudi 2 mars 2017

La mort nomade, le Yeruldelgger de trop ?

Vous croyiez avoir tout lu en terme de polar ? en avoir fait le tour et même les détours ? inspecté les coins et recoins ?
Le genre a l'air pourtant de n'avoir aucune limite, comme un puits sans fond où les auteurs éternellement s'abreuveraient à la fontaine de jouvence de l'intrigue ...
Il est loin le temps où je me délectais à lire des Mary Higgins Clark, la référence du polar de mes années collège ... elle innovait tellement ... cassait les codes des Agatha Christie, Arthur Conan Doyle ou Maurice Leblanc qui m'avaient initiée au genre. 
Depuis, la télé et le ciné ont révolutionné les codes, les nouvelles technologies aussi ... en un coup d'ADN l'histoire est bouclée, il a fallu se creuser pour capter l'audience, maintenir le suspense, faire haleter le lecteur. 
Les nouveaux maîtres du roman policier sont devenus des dieux, répondants à une demande toujours plus croissante, les américains en tête : Harlan Coben, Michael Connely, Patricia Cornwell, Lisa Gardner, James Ellroy ... Les français ne sont pas restés à la traîne : Vargas, Bussi, Chattam ... Les pays nordiques ont apporté une vague de fraîcheur : Jo Nesbo, Camilla Läckberg, Stieg Larsson ... soit ... j'ai en fait été victime d'une indigestion, d'une lassitude où la surenchère devenait monotone. 

Pourtant il y a un an et demi, ma mère nous claquait entre les mains : Yeruldelgger ... la claque on l'a aussi eue en pleine face ! Ouah mais oui quoi ! 
On tombe des nues (spéciale dédicace à ma copine romancière de thriller Anna qui comprendra) ... embaumés par une bouffée de carbone, de crimes violents et nauséabonds jusqu'aux bas fonds d'Oulan Bator ... une autre bouffée de grands espaces sur fond de nomadisme ! 
Addiction dès la première page.

Qu'est-ce qui fait que la mayo prend si bien ? 
L'intrigue ? ... non pas vraiment ... oui forcément mais en fait ce n'est pas ce qui fait que Yeruldelgger est différent. C'est pour ma part une recette parfaite en 4 étapes :
- 1ère chose, le lieu ... on est en Mongolie ... j'ai beau être subjuguée par ce pays, avoir été traumatisée par le doc Nomad's land de Samuel Le Bihan ... c'est tout de même atypique d'être témoin des pires crimes dégueulasses dans un pays qui semble si paisible pour les néophytes. On découvre la Mongolie toutes facettes confondues. 
- 2ème point, c'est bien sûr le rythme : on est dans le bain ... de sang dès le 1er chapitre ... du trash justifié et efficace. 
- 3ème élément : Yeruldelgger LE personnage, THE flic de la steppe et ainsi que sa clique d'acolytes. Un personnage principal bien trempé, crédible, surprenant et roublard. Les protagonistes secondaires, attachants, pas gnangnans ... essentiels et bien campés.
- 4ème ingrédient et pas des moindres : le style ... littéraire ... bluffant ... coup de foudre pour la plume.
Ne prenez pas en compte la hiérarchie de cette énumération ... c'est l'équation parfaite des 4 qui fait que Yeruldelgger est Yeruldelgger !!! 
Je ne vous ferai pas le pitch, vous le trouverez partout sur la toile ... je ne serai que la messagère de mon enthousiasme pour ce 1er volet exceptionnel qui m'a réconciliée avec le roman policier ...

Idem pour le n°2 ... parce que l'auteur Ian Manook a eu la bonne idée de récidiver ... et son éditeur très bon marketeur de publier à la fin du 1er livre le premier chapitre de la suite ... juste insupportable ... dans la minute on est chez le libraire pour acquérir en pleine phase de manque Les temps sauvages
Re-belotte, la potion fait effet ... envoûtée je resterai par les steppes mongoles, le génie de Yeruldelgger et la plume de Manook.

Et le n°3, ça donne quoi ?
Vous pensez bien que lorsque sous le sapin j'ai découvert le number three : La mort nomade, j'ai manqué l'apoplexie ! Il fait bon croire au père-noël finalement : j'étais comblée. 
Patatra. Je vis la claque en reverse ... le rythme si soutenu : évaporé, perdu à jamais dans les grands espaces. Yeruldelgger est devenu la caricature de lui-même, risible ... il s'égare aussi ... de personnage principal il devient figurant (est-ce voulu ?). 
Je commence à mordre un tantinet aux 2/3 du bouquin ... mordre sans me faire vraiment mal ... une petite piqûre de rappel ... comme pour me remémorer l'ancien Yeruldelgger, celui des 2 premiers ouvrages.

Je vais me permettre une critique que j'évite habituellement car moi-même incapable du 10ème, du 100ème du talent d'un auteur ... cependant un ressenti incompressible au fil de ma lecture : où est le style ??? l'écriture semble si facile puisant dans les réflexes naturels et primaires qu'a chacun de nous quand il rédige. 
Une triste sensation de lire une espèce d'ersatz de Manook, sans délectation aucune, sans m'arrêter une seule fois sur la beauté d'une phrase, d'un chapitre, de celle où la pause s'impose juste pour déguster, que ce soit du domaine de la violence ou de la contemplation.
Une seule compensation ... j'ai vu comme émerger un virage ... une autre façon d'aborder le polar dans le traitement de nouveaux personnages anglo-saxons ... aux traits grossis ... un autre ton plus léger ... serait-ce le présage d'une nouvelle direction ... assez sympathique certes ... mais justement si semblables aux policiers qui m'ont soigneusement lassée ... je reste dubitative.

Conclusion qui me navre tellement : on oublie La mort nomade, comme une erreur de parcours ... l'intrigue ne vaut pas le détour ... les personnages sont fadasses ... un manque de rythme certain ... une plume qui a bavé ... 
Je suis restée sur ma faim ... non pas comme on l'est à la fin des 2 premiers par manque avéré ... juste déconcerté car je n'ai jamais vibré !
Ne me reste qu'une supposition, est-ce simplement dû au fait que je me sois moi-même lassée ? blasée ? malheureusement j'en suis sceptique ... quelques échos semblent similaires.
Si vous avez déjà lu les 2 premiers, la curiosité vous poussera au 3ème et ce ne sera pas un drame ... pour ceux qui ne connaîtraient pas le plus grand flic Mongole ... surtout n'attaquez pas par le dernier ... savourez les 2 premiers volets !

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