mercredi 23 septembre 2015

Nan mais c'te honte quoi !

 Ce matin j'ai vécu un grand moment de solitude ... vous savez de ceux qui vous font cramoisir ... de ceux où vous sentez mille paires d'yeux vous mitrailler en traitre par derrière ... de ceux où vous voulez juste vous enfoncer six pieds sous terre ...
   babidji avant son passage en caisse ... si heureuse et décontracte !

Alors voilà voilà ce matin j'ai fait mes courses.
Bon ok, j'vous raconte ... avec une once d'espoir de me faire réconforter, hein les meufs ? youhouuuu  vous êtes là ???

Grosse corvée ce matin, il faut que je fasse le plein ! le truc qu'on repousse de semaine en semaine en achetant 2-3 trucs pour se dépanner ... mais il faut bien se rendre à l'évidence à un moment donné ... quand il faut y aller, faut y aller ! 

J'arrive donc avec mon énorme caddy en caisse, heureuse de voir que finalement il n'y a pas grand monde ... que le temple de la conso n'a pas été pris d'assaut en ce mercredi matin.
Je prépare mes p'tits coupons réducs ... oui oui ... je suis la relou devant vous qui cherche ses -1€ pour son café, ses -50cts pour ses yaourts et sa carte fidélité ça va de soi ! J'arrive toute guillerette devant la caissière, siiiiii heureuse de passer si vite !!!

Le moment fatidique arrive, celui de payer ... je sais qu'à ce moment je joue gros, trèèèèès gros ! 
Ça fait un mois que je n'arrive pas à me souvenir de mon code. J'ai déjà fait deux essais fin août dans une pompe à essence sans succès ... mais là je le sens bien ... je pense que je l'ai ... c'est ce qu'on dit, laisser le temps au temps ...  
Laissons faire la magie de la pensée automatique, le miracle de la mémoire instantanée, le pouvoir de l'instinct primitif :   
****
"carte refusée"
 (merci au-revoir, même joueur ne peut plus jouer)

C'est la cata, j'ai grillé toutes mes cartouches, je n'avais plus qu'une chance, une occase de me refaire et vlan c'est fini quoi ! Fini pour moi ... l’œil hagard je me tourne vers mon caddy rempli de victuailles ... je me retourne vers la caissière en attendant d'elle un peu de soutien : "je peux vous faire un chèque ? 
- ah non Madame le protocole dit que lorsqu'une carte est refusée on ne prend pas de chèque ensuite"
Mais pourquoiiiiiiiiiiii ???? pourquoiiiiiiiiiiiiii j'ai joué avec le feu ??? pourquoi je n'ai pas fait un chèque tout de suite ????"

Me voilà partie à la chasse au cash. Non ce n'est pas le nouveau jeu de l'access prime time sur TF1, c'est juste Babidji en plein désespoir au bout du tapis roulant, du rouleau en vrai ... je dégote 2-3 billets, je fais les fonds de tiroirs, récupère 2 tonnes de pièces cuivres, les tends victorieusement à mon hôtesse de caisse, lui demande "j'ai de l'argent sur ma cagnotte ?
- oui, 1,82 €
- OK je les prends aussi"



C'était juste ça quoi ! j'ai trouvé mon héros, le même que moi ! 
 
Je sens le vrombissement de l'énervement qui s'accumule dans la file d'attente ... j'ai juste envie de leur dire "mais barrez-vous les gars, il y a 50 autres caisses sans déc !".
Papi et Mamie juste après moi avec leurs 3 articles et leurs satanés réflexions "ah bah ma pauvre dame j'espère que tous vos clients de sont pas comme ça" 
°°°ta bouche toi la vieille chnock, prends tes 3 paquets de pâtes et va en caisse rapide non mé ho ! °°°
 

"Alors je dois vous rendre des trucs ? on procède comment ?" demandai-je toute penaude ...
"- oui c'est ça
- bon bah je vous donne du vin, ça, ça peut attendre"
2ème phase de honte ... après qu'on pense que j'aie chouré une carte bleue, on me prend pour une grosse alcoolo ... désolée je n'ai pas pu résister à l'appel de la foire aux vins ! Adieu mon Canon du Maréchal, mon Mas Amiel, mon Cap de Fouste, mes Pierres Plates ... 

La petite histoire dure un bon bout de temps ... je vois le temps défiler ... l'heure de la sortie d'école se rapprocher ... tout ça pour speeder et rentrer quasi bredouille ...  

Je récupère mes filles, direction la maison tranquillou ...
Je savoure ces instants que je redécouvre ... mon premier mercredi aprèm avec elles ... 
Animée d'une motivation maternelle, de bienveillance et de bonne humeur :
" les filles vous rangez un peu et ensuite on joue au cafard ensemble ?" en mode "youpiiii c'est trop cool quoi" !

(euh jouer au cafard n'a rien à voir avec le fait de jouer au crevard, de cafarder ou de tout crasser sur son passage ... c'est un jeu de société qu'elles ont eu le week-end dernier !) 

Et là j'entends une réponse à l'unisson, un truc qui leur sort du bide, des entrailles
"oh mais noooon Mamannn on jouait trop bien, pffff on veut jouer toutes les deux pffff"

Je suis une mère rejetée ... anéantie ... 
mais la vengeance est un plat qui se mange froid ... je ne suis plus à une honte près ... et je me vois bien faire comme la maman ci-dessous ... mais pas en primaire ... non non ... ni au collège ... mais en seconde à la sortie d'école ... oui en seconde ça me plaît ! le jour de la rentrée ptet bien même !!! gnagnagna

jeudi 10 septembre 2015

Réfugiés versus SDF ?!!?!? mais pourquoi ???

Mais c'est quoi cette déferlante de posts sur les réseaux sociaux contre les réfugiés en faveur des SDF français ????
Je suis juste atterrée, je n'ai pas d'autres mots pour cette opposition absolument sordide, d'une course abjecte à la misère, du malheur d'un humain face à celui d'un autre.
C'est comme si vous disiez à un militant contre le cancer "tais-toi le SIDA c'est plus grave !".

Je ne cherche pas à stigmatiser mes "amis" sur facebook qui diffusent ce genre de propagande. Je sais que derrière la plupart d'entre eux ne se cachent pas des nationalistes extrémistes en puissance ... mais prenez un peu de recul tout de même.
A en croire tous ces messages, si l'on s'insurge en faveur des immigrés c'est qu'on en a rien à faire des travailleurs pauvres qui n'ont même plus les moyens de se nourrir et se loger ? c'est qu'on ne voit pas les tentes sous les ponts au bord du périph', ni le gars qui dort congelé l'hiver sur une grille d'aération du métro ? Bien sûr que non.

Ce qui me fait d'autant plus sourire, c'est que les premiers à militer pour les bons sans-abris français ne sont certainement pas ceux engagés aux restos du cœur, au SAMU social ou à prendre pitié en courant dans un couloir de métro en passant devant un mendiant.
En revanche, les bénévoles auprès des SDF sont certainement les premiers à vouloir aussi venir en aide aux migrants, à prendre conscience de l'urgence, car oui il s'agit bien d'urgence ! Tout comme pendant les hivers glaciaux où il faut vite agir pour sauver tous ces gens qui dorment dehors.
 On se retrouve confronté à une vague de migrants syriens et irakiens. Leur quotidien c'est la guerre. Ils vivent sous le cri des bombes, la peur au bide de sortir avec des tireurs d'élite postés à chaque coin de rue, des ennemis du côté d'Al-Assad qui torturent, frappent à l'aveuglette ou émasculent des jeunes adolescents, des fous furieux de Daesh qui exécutent les hommes, violent les femmes, les exploitent en tant qu'esclaves avec leurs enfants quand ils n'ont pas été séparés, jettent des toits les homosexuels, décapitent à tour de bras et j'en passe (magnifiques relents de la WWII).
Pour rappel, ces familles ne fuient pas leur pays pour nous voler nos maisons, nos emplois ni même sucer jusqu'aux os notre système social. Elles débarquent pour survivre comme les huguenots l'ont fait vers l'Afrique du Sud et l'Australie, les français du Nord en zone libre, les espagnols sous Franco, les portugais sous Salazar, les irlandais en plein conflit IRA/INA,  les cambodgiens sous les Khmers etc. etc. etc.
La Syrie est un pays riche. Les syriens n'avaient aucune raison de migrer avant la guerre civile. Tout comme les irakiens qui subissaient certes une ignoble dictature mais sans crever de faim. 
La plupart ont tout perdu, leur belle maison, leur job ou leur entreprise, ils ont abandonné leurs études ... et ne rêvent que d'une chose retourner chez eux, oui chez eux !

Alors voilà, je ne prétends pas vouloir sauver le monde. Je ne dis pas qu'il faut accueillir tous les migrants (je ne parle pas des 25 000 qu'on va accueillir car ceux-là on peut sans même sans rendre compte, je parle en millions) car je suis consciente de la situation économique et sociale en France. Nous en serions de toute façon dans l'incapacité. En revanche, je sais que l'Europe peut s'organiser, se répartir le nombre de réfugiés comme on est effectivement en train de le faire. L'Allemagne est confrontée à un vieillissement de sa population et son déclin avéré. Elle a besoin de nouveaux arrivants, la France qui possède une natalité florissante, moins.
Mais nous pouvons aussi en accueillir. De toute manière, il faut gérer la crise humanitaire. Rassurez-vous on ne va pas leur octroyer des 3 pièces flambants neufs au-dessus de chez vous ... le SDF ne l'aura pas non plus d'ailleurs alors que le neveu du député Trucmuche sûrement (oops je m'égare) ... L'accueil ça veut dire répondre aux besoins vitaux dans des conditions dignes. Ce ne sont pas des animaux, on ne va pas les parquer dans des camps  (on sait ce que ça a donné à côté de chez moi à Rivesaltes en 38-42 au camp Joffre...).
Ces gens sont les mêmes que certains allaient voir en vacances quand la Syrie n'était pas à feu et à sang. J'en connais qui ont visité Alep, Palmyre et enchaîné sur la Jordanie avec sa somptueuse Pétra ! Avant, ce coin du globe était aussi une destination historique de rêve. Comme l'Europe.

Ensuite, que le gouvernement ne fasse pas le job depuis 30 ans, que le gouvernement ne fasse pas respecter les quotas des logements sociaux, c'est un autre problème qui ne doit en aucun cas être opposé à celui des réfugiés. Le combat ne s'arrête ni aux réfugiés, ni même aux SDF, il est le même pour toutes les détresses. 
Je ne peux m'empêcher de repenser à cette famille originaire du Sri Lanka. Des clients adorables que nous avons eus cet été. Forcément, nous avons discuté du pays, notre dernière destination. Ils sont revenus nous dire bonjour le lendemain. Les conversations sont alors devenues plus profondes. Après avoir parlé de la pluie et du beau temps, on en est venu au chemin qui les a menés en France. 
Quand les parents, qui ont  mon âge, vous racontent la guerre civile ... vous êtes sonnés. Quand on vous dit que toutes les femmes de la famille ont été violées, qu'ils sont restés planqués des semaines dans des terriers sans presque rien manger, affamés, terrorisés, que la moitié de la famille a été exécutée et torturée par les Tigres ... vous restez silencieux. Il n'y a rien à commenter. Qui face à eux pourraient les dénigrer, leur répondre qu'ils ont pris la place de nos SDF ? Là n'est pas le sujet. Ces migrants sont venus dans un seul objectif : la survie.
Ils sont arrivés en France sans parler la langue. Depuis ils ont créé un resto indien en Seine-Saint-Denis. Ils paient leurs impôts, créent de la richesse, de l'emploi. Leurs enfants sont scolarisés et bons élèves. Ce ne sont ni des racailles, ni des violeurs ou voleurs en puissance. Je sais, dans ce cas précis, nous avons une jolie "success story" ... mais il en est de même pour de nombreux polonais, italiens, maghrébins, africains des migrations précédentes ... les vagues successives ne se soldent pas toutes par des échecs ... et si échecs il y a, c'est peut-être aussi un peu et encore la faute des gouvernements qui ont laissé les ghettos se créer, ces cités dortoirs où nous avons laissé les immigrés s'entasser.

Ne commettons pas les mêmes erreurs.

Et surtout indignons-nous à chaque fois qu'il le faut sans chercher à créer une échelle du malheur à qui mieux mieux.  

PS : il y a un autre truc qui m'énerve à un point si vous saviez ... ce sont les théories du complot (quel que soit le sujet) alors concernant les migrants, il y a un très bon article à lire dans le journal du Monde ici

mercredi 9 septembre 2015

Faire la touriste à Perpignan ... Faire la touriste chez soi !

Il y a des jours comme ça ... où l'on se dit flûte zut tanpi on ne va pas travailler et on va profiter ! 
En cette veille de rentrée, après deux mois de saison intenses sans presque voir les filles, on a décidé de rester en famille ... d'aller jouer les touristes ... pas n'importe où ... à deux pas de la maison ... chez nous pour ainsi dire : à Perpignan ! 

En ce 31 août, nous avons fait tout ce que généralement les catalans ne font pas :  profiter des activités qu'offre la ville aux vacanciers ! 
En fin de matinée, nous avons testé la nouvelle attraction : les barques catalanes.
La balade sur La Basse (le cours d'eau qui traverse Perpignan) a été mise en place cet été. On peut louer des barques avec un petit moteur. Vous comprendrez bien que lorsque j'ai su qu'il ne fallait pas ramer, j'ai tout de suite dit oui ! 
On a juste adoré ! On a trouvé ça top de pouvoir découvrir la ville sous un autre angle, depuis la rivière où jusqu'à présent personne n'avait le droit de mettre les pieds ! Ce qui est génial dans ces cas là, c'est qu'on est beaucoup plus attentif, on découvre chaque petit détail auquel on ne prête jamais attention. Les filles se sont régalées. Il nous tarde de le refaire l'an prochain quand l'itinéraire aura été agrandi. Le créateur du parcours nous a expliqué, qu'en amont, il n'y avait pas assez de fond et qu'il fallait créer un petit barrage pour qu'on puisse naviguer. A refaire donc !  
Le Castillet, l’emblème de Perpignan, admiré depuis l'eau c'est tellement étonnant pour nous ! Trop bien !
En avant Moussaillon !
Avec les affiches de VISA pour l'image, ça fait expo en plein air vu d'une barque : au top !
copyright Juan Manuel Castro Prieto / Agence VU' : Pérou, Vallée Sacrée

Après une pause déj, nous décidons d'aller se faire quelques expos photo. On commence avec celle de Grégory Herpe sur le pays catalan organisée par une copine (Artefact) à la Maison Rouge (hors festival). Puis, on enchaîne sur celles de VISA à la Chapelle des Dominicains où se trouvent 2 sujets accessibles aux filles. Il ne faut pas se voiler la face ... la plupart des photos présentées à VISA sont trop difficiles à expliquer ou à analyser pour des enfants de 4 et 7 ans. Mais celle sur le Pérou (cf photos) et sur les Kumari au Népal font le bonheur de nos yeux. Pour les autres, on ira les voir entre adultes. En tous les cas, c'est une bonne approche au photoreportage pour les enfants, découvrir d'autres univers, d'autres cultures. C'est une chance inouïe d'avoir cette ouverture sur le monde une fois par an à Perpignan.
Nous avons arpenté les petites rues du centre ville où je n'avais pas mis les pieds depuis des lustres. J'ai découvert de nouvelles boutiques qui ont l'air canon ... dommage pour le porte-monnaie ... et nous avons admiré toute l'animation qui y régnait. Il faut dire qu'en période de festival, les terrasses sont pleines, ça vit, c'est du bonheur de voir la ville si gaie et si jolie ! 

Nous ne voulions pas rester sur notre faim, alors il restait un truc à faire ! Le truc que les filles nous réclament depuis je ne sais combien de temps : Le Petit Train de Perpignan !  
J'avoue que, perso, j'avais aussi très envie de le faire. Ma mère y avait été avec des amis et avait été impressionnée par l'intérêt historique du tour.
Je confirme ! C'est super intéressant, j'ai appris des infos, découvert des trésors comme la caravelle de l'hôtel de la Loge que je n'avais jamais remarquée (la honte) et passé un très bon moment. Le petit train a bossé en partenariat avec l'office du tourisme et ça se ressent aussi bien au niveau des commentaires que du parcours choisi ! En fait, je pense que ce petit train est un incontournable quand on passe par la cité catalane !
Oh quelle est belle notre cathédrale ! J'ai appris que le campanile en fer forgé typique de la Catalogne avait été réalisé grâce aux mines de fer du coin (désolée on ne le voit quasi pas sur la photo) ... voilà plein d'infos comme ça du petit train qui m'ont plu !
La prochaine fois que je passerai en centre ville, je verrai Perpignan avec un regard neuf et toujours admiratif. J'adore ma ville adoptive !!!

lundi 7 septembre 2015

D'où l'importance du Photojournalisme ...

En pleine crise des migrants, l'Europe, ou plus largement le monde occidental, s'est vu réveillé par un cliché. Une seule image semble avoir fait bouger les lignes jeudi dernier.

Sauf que cette photo du petit Aylan échoué, noyé sur une plage turque a suscité un débat autour de sa publication. Faut-il la montrer ? Est-ce du voyeurisme ? A-t-on besoin d'être confronté à la vue de ce drame pour en prendre conscience ? Respecte-t-on la dignité humaine ?
Au moment où VISA pour l'image, le plus grand festival international de photojournalisme bat son plein à Perpignan, une fois de plus le photoreportage est remis en cause. 
Copyright Sergey PONOMAREV pour le New York Times à gauche : expo La Syrie d'Assad
Eli Reed / Magnum Photos à droite : rétrospective de 50 ans de carrière A Long Walk Home
 
Je suis toujours autant stupéfaite que le travail de ces photo-reporters soit critiqué, taxé de démarche macabre ou pire d'inintérêt total. NON. Le photojournalisme est essentiel à l'information. Parfois même plus. Malheureusement, la photo d'Aylan Kurdi en est la preuve supplémentaire.
 Copyright BULENT KILIC / AFP Kobané, Syrie, 30 janvier 2015
Lauréat du VISA d'Or 2015
 Copyright Daniel Berehulak / Getty Images Reportage / The New York Times : expo Epidémie au Libéria, 5 septembre 2014

Qu'est-ce qui fait la différence entre une vraie photo d'actu et une autre ?
La réponse s'impose d'elle-même au fil de nos navigations sur la toile depuis la "crise" des migrants. 
D'un côté, nous sommes confrontés à cette photo, construite, réfléchie, celle d'Aylan qui raconte la tragédie qui s'est déroulée dans la nuit de mercredi à jeudi dernier, qui met tout le drame des migrants en abîme : le corps d'un enfant échoué et ce garde-côte qui le récupère. La photo explique, raconte, interpelle, émeut, révolte : un naufrage, une famille décimée, des policiers qui doivent gérer ces atrocités quotidiennes.

De l'autre, on nous balance des photos de cadavres d'enfants noyés, brut de décoffrage, sans filtre. Même si l'effet escompté d’écœurer la personne qui la regarde est bien là, elle provoque également l'inverse. En quoi une photo de cadavre seul peut-elle provoquer une réaction positive ? En rien. Sans contexte apparent, sans respect de la victime, ni de ses proches, ces photos suscitent le désintérêt, voire le rejet. Plutôt que de fédérer, elles peuvent même aller jusqu'à la banalisation du "morbide". Par ailleurs, ces photos n'expliquent rien. Elles pourraient être prises n'importe où. 

C'est bien là le problème. A force d'être inondés de photos, de vivre dans ce monde d'images incessantes, nous ne faisons plus la différence. Pourtant les reporters photo font toute la différence.
Je ne supporte plus d'entendre qu'on n'a pas besoin de voir pour prendre conscience des drames de la vie. Sauf que jusqu'à présent c'est bien le photojournalisme qui a maintes fois fait avancer les choses ... ce genre de commentaire, on l'entend depuis des années et des années par les détracteurs de Visa Pour l'Image qui trouvent que décidément c'est vraiment trop dur, qu'on n'a pas besoin de ces horreurs, d'en ajouter à notre quotidien si difficile ... c'est vrai quoi ! franchement ! laissons ebola, les naufrages, les typhons, les famines, la guerre chez les autres ! Je suis évidemment contre le voyeurisme gratuit mais quand il faut dénoncer intelligemment, je remercie les photo-reporters de faire exister les victimes (pensées particulières à Rémi Ochlik ...). 
Un photo-reporter ne publie jamais gratuitement. Un photo-reporter ne se pâme pas devant la mort. Un photo-reporter ne prend pas son pied sous les bombes. Un photo-reporter est animé par l'ambition de dénoncer, témoigner, s'indigner ... et parfois même s'extasier quand la vie enfin lui en offre l'opportunité. 

 Souvenez-vous ces reporters qui ont éveillé nos consciences :
 8 juin 1972 - Vietnam : un groupe de jeunes est frappé par une attaque au napalm. La fillette nue gravement brûlée devient le symbole de l'horreur de ce conflit au point de décrédibiliser les partisans de la guerre ... la photo fit avancer le processus vers la paix.
 1989  - Chine : L'inconnu seul face aux tanks place Tian'anmen. La communauté internationale prend conscience de la répression chinoise face aux manifestants. La photo devient le symbole de la non-violence face à la répression armée.
Mars 1993 - village d'Ayod au Sud Soudan : un enfant famélique qui n'arrive plus à se déplacer pour dénoncer la terrible famine qui touche la région. 
3 septembre 2015 - Turquie : Le corps du petite Aylan Kurdi est retrouvé sur une plage après le naufrage de son embarcation au large de l'île grecque de Kos.
Voilà ce qu'a dit la photo-reporter Nilufer Demir de l'agence Dogan à propos de son cliché : «Quand je l'ai vu, je suis restée figée, glacée. Il n'y avait malheureusement plus rien à faire pour cet enfant. J'ai fait mon métier. Je voulais juste montrer la douleur que je ressentais quand je voyais Aylan.»
Depuis, la communauté internationale semble réagir et l'Europe accepter d'accueillir les réfugiés syriens. Le photojournalisme a prouvé une fois de plus son rôle dans l'importance de témoigner pour faire progresser l'Histoire.