vendredi 19 avril 2013

A l’Ecole de la dictature : mère contre fille


N'ayez crainte, pas de panique, tout va bien chez nous … il s’agit juste du titre du dernier bouquin que j’ai lu (enfin lu … dévoré plutôt), celui d’Irène ZLATO.

Irène n’est pas n’importe qui … Irène est une blogueuse que je suis depuis un bout de temps maintenant.
Je ne saurais dire comment j’ai découvert son blog les Réflexions d'une Citoyenne, mais ce qui est sûr c’est que l’intelligence avec laquelle elle aborde les sujets de société, son recul et son objectivité hors pair pour traiter de politique ou d’histoire m’ont dans la seconde rendue accro. Je n’ai pas peur de dire que c’est le blog le plus enrichissant (au niveau réflexion … d’autres me comblent différemment …) que j’ai découvert sur la toile. Elle a une capacité d’analyse hors du commun et, il faut bien l’avouer, une intelligence rare sans l’ombre d’un ego surdimensionné, sans jamais prendre son lecteur de haut. Rappelez-vous c’est elle qui m’avait éclairée dans les commentaires de ce post, celle qui avait su me faire comprendre ce que je pensais hors de ma portée !!!
Après avoir lu une de ses nouvelles (par mail sur simple demande … non parue sur son blog si ma mémoire est bonne), j’ai été convaincue pour commander son bouquin qu’elle a ma foi vendu trop humblement …

Je vais être honnête, si je n’avais pas découvert Irène ZLATO via son blog je ne suis pas sure que j’aurais acheté ce roman. Non pas qu’il donne l’impression d’être mauvais, bien au contraire. J’ai juste un sérieux problème avec certains événements de l’histoire comme le rideau de fer (la WWII en fait partie aussi).
J’ai été traumatisée par les récits de KUNDERA … tout particulièrement par La Plaisanterie qui m’a vaccinée du communisme et de ses zones d’ombre à vie.  J’ai remis le couvert avec la trilogie d'Agota KRISTOF (cette hongroise exilée en Suisse et décédée en 2011) : le Grand Cahier, la Preuve et le Troisième mensonge. Le Grand Cahier est le seul bouquin que j’ai pu dégoter dans une bourgade perdue du fin fond de l’Inde … autrement je n’aurais pas eu le courage de l'acheter en lisant le résumé. L’Homme et moi l'avons dévoré … puis acheté la suite une fois rentrés ... comme quoi il faut parfois se faire violence pour découvrir des chefs d’œuvre … une fois de plus cette période noire de l’histoire et son ambiance si pesante ne m’ont pas laissée indemne.

Vous comprendrez dès lors que j’ai lu le « pitch » … j’ai pris peur de ne pouvoir supporter le récit.
Sauf que c’est Irène qui l’a écrit et que je n’ai pas le choix ! Je brûle d’impatience de découvrir son premier roman.
Voilà ce qu’elle en dit : Anne, 6 ans, est une petite fille ordinaire. Son univers tourne autour de ses copines, du chat, et des histoires que sa mère lui lit le soir.
La mort de son père vient tout bouleverser, et le destin va l’emmener dans un pays communiste, où elle va devoir apprendre à vivre.
Anne va nous livrer son histoire, de ses yeux d’enfants : sa découverte d’un pays où l’on ne peut pas avoir de chocolat le matin, où la maîtresse parle sans arrêt de communisme…
Katerina, la mère d’Anne, vient de perdre son mari. D’origine slave, Katerina se voit contrainte de retourner dans son pays maternel, pays qu’elle a quitté depuis la guerre.
Elle va devoir affronter une nouvelle vie dans une dictature, et tenter de sauver sa fille des sirènes de la propagande…
Katerina raconte son parcours de mère, de femme, dans un monde impitoyable et absurde.

 L’histoire est narrée par les 2 protagonistes principaux : la mère et la fille. Dès le début je suis surprise par la précision avec laquelle elle décrit la détresse d’une femme en deuil, qui se perd, qui se noie, qui doit toutefois garder la tête hors de l’eau pour sa fille. La première page du chapitre II est d’une intensité, d’une émotion et d’une violence incroyable, celle de la perte d’un être cher, celle que nous sommes tant à avoir connue, celle sur laquelle nous ne pouvons mettre de mots.
Je suis portée par la qualité des descriptions … cependant un peu plus dubitative quant aux raisons qui poussent Katerina et Anne à l’Est. Le doute s’envole dès le premier petit déjeuner dans ce pays qui ne vit que sous la contrainte d’un régime communiste extrémiste. On se laisse couler dans l'ambiance de la ferme pour y sombrer comme les personnages. 
A ce moment je n’arrive plus à lâcher le bouquin. Vous savez cette envie de connaître la suite à tout prix, cette façon frénétique que nous avons de tourner les pages … cette boulimie qui fait qu’au bout d’une heure l’Homme migre sur la mezzanine du bureau, incapable de s’endormir à cause de ma lampe de chevet. Je suis incapable de capituler, je continue d’avaler chaque ligne …

Je suis portée par l’intrigue, son intensité, son suspense, par les détails, l’évolution des personnages, le parcours d’Anne, la folie de ces dictatures, leur embrigadement, cette propagande communiste qui ronge les cerveaux.  Je suis bluffée par la capacité de l’auteur à se mettre dans la peau d’une enfant, qui grandit, qui mûrit. Je suis subjuguée par l’intrigue qui monte crescendo … je suis tout simplement conquise, heureuse d’avoir franchi le pas, heureuse d’avoir pris sur moi pour découvrir ce livre et y plonger tête baissée. On y croit, on y est, on y vit dans ce pays. On ne remet pas en question une seule seconde les éléments historiques de ce qu'y était le quotidien, l’écrivain a dû longuement y travailler, un socle solide de ce qui a pu réellement exister pour asseoir son récit.

Il est 3h du mat. 
Je referme mon livre heureuse du plaisir procuré, celui inégalable de terminer un bon bouquin. Je ne m’endormirai toutefois pas indemne … 
... avec ce malaise de savoir que de telles dictatures subsistent (je ne peux m’empêcher d’avoir des pensées asiatiques et d’y substituer le régime Nord Coréen) de façon encore plus atroce peut-être …
... avec ma condition de mère malmenée, dans l'incapacité de dissocier ce que je partage avec mes filles de la situation de Katerina et de la sienne 
... avec cette préoccupation plus légère de savoir qu’il ne me reste que 5h de sommeil …
Je sais que le réveil sera brutal avec toutefois la satisfaction d’emmener ma fille à l’école dans un pays libre, en démocratie et … celui d’avoir passé une excellente soirée  … euh nuit !

A l’Ecole de la dictature : Mère contre fille, 16 €
1, rue Bastière
38120 FONTANIL
04 76 75 33 76

2 commentaires:

  1. Je ne suis pas une fan de ce genre de livre mais tu l'as drôlement bien vendu!

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    1. par contre ce n'est pas du tt le style de bouquin genre 'jamais sans ma fille' ou un truc comme ça, ce n'est pas du mélo ... c'est un bon roman avec une trame d'espionnage malgré tout ... moi c'est surtt l'ambiance de l'est comme je le dis qui m'angoisse ... malheureusement c'est ce qui rend le livre passionnant ... comme les james bond ou d'autres films qui se passent pendant la guerre froide ... merci pour le compliment au passage ... si ça pouvait lui en faire vendre justement ce serait cool !

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