lundi 25 mars 2013

Jappeloup, un Mythe

Aujourd'hui j'ai emmené ma fille voir Jappeloup,
Aujourd'hui c'est toute mon enfance que je me suis pris en pleine face. 
 On vit tous plusieurs vies ... la première a énormément compté pour moi ... celle dans laquelle je me suis épanouie ... celle qui m'a tellement appris : l'humilité, la rigueur, la passion, la compétition, la joie, l'échec, le partage et j'en passe.

De 6 à 14 ans j'ai passé mes samedis le cul sur une selle, les bottes dans le foin, les mains dans le crottin, le nez dans des crinières. De 6 à 14 ans il n'y avait que l'équitation qui comptait. Ce sport s'est imposé comme une évidence. Certains sont happés par la foi ... d'autres  par les chevaux. J'ai tanné mes parents ... ils ont cédé. 

A 6 ans on me hisse le plus souvent sur ma monture, les pieds qui ne dépassent pas des quartiers de la selle, trop petite pour panser convenablement mon cheval, mais une fois dessus on ne plaisante plus ... c'est mon élément, malgré les peurs et les chutes je tiens bon. 

Au moment où j'écris ces lignes, j'ai l'impression de parler de quelqu'un d'autre. Le temps a tellement passé que je ne sais plus bien ... pourtant c'est bien moi du haut de mes 9 ans qui en 88 acclamais Durand, qui tapissais ma chambre de posters de Jappeloup, qui ne parlais que de cet exploit avec mes potes du Carillon.
J'ai beau ne plus trop me souvenir de combien de points coûte un refus, du nom de tel ou tel mors ou de comment on fait telle ou telle figure ... mais je me souvenais, même avant la projection, du vertical au drapeau coréen du parcours ... je me souvenais de la joie immense, du bonheur absolu quand Pierre Durand a été sacré champion olympique aux J.O. de Séoul. Jappeloup est devenu une icône et Durand un héros. Mon icône, Mon héros.

Je n'ai jamais rêvé d'être championne olympique, juste de monter, juste de sauter, d'avoir mon cheval, pourquoi pas d'en faire un métier ... mais à 14 ans tout s'est arrêté. Définitivement. 
J'ai grandi trop vite, des muscles dorsaux qui ne soutenaient plus assez la colonne. Après plusieurs mois sans monter, plusieurs mois de pleurs, de douleurs, du deuil de cette vie finalement ...
Quand j'ai retenté, un truc était brisé, un manque de confiance certain. Pourtant 20 ans après je rêve encore que je monte. 20 ans après la plaie subsiste.
Pimprenelle fait du poney depuis la rentrée. C'est elle qui en a manifesté l'envie. Jamais je ne l'aurais forcée. OK, j'admets : j'ai été trop contente ! Son père moins, conscient des risques.
Coup de bol, on a trouvé un super club familial sans shetlands (j'ai toujours eu une dent contre ces bêtes) qui enchaîneraient des reprises comme à l'usine. 
En septembre, ça m'a fait bizarre de fouler le sol de la carrière, de retrouver ces émotions, de voir ma propre fille en boots et pantalon d'équitation. La proprio du club m'a tendu une perche : "venez remonter, on se fera un truc tranquille".

Quand j'ai su que Canet reprenait le rôle de Durand dans un long, j'ai cru défaillir ! Tout remontait à la surface ... trop heureuse qu'on m'offre la possibilité de revivre une partie de mon enfance. Je me tape même un Vivement Dimanche spécial Guillaume Canet collée contre ma Pimprenelle. J'ai l'impression qu'on est pote, qu'on se connaît tellement son récit me parle. On a vécu la même chose avec quelques années de décalage. Il était déjà ado et moi encore bébé. Je saoule l'Homme de mes souvenirs, de mon amour inconditionnel pour Jappeloup. C'est évident que je veux voir ce film qui sera sans conteste ma madeleine de Proust !

L'Homme est toujours en Inde ... je suis aujourd'hui seule avec les filles ... et ma mère qui m'offre un dimanche aprem fabuleux. Ce midi elle m'annonce : "tu ne veux pas aller voir Jappeloup avec Pimprenelle pendant la sieste de Bouchon".
Ni une ni deux, on fonce au cinoche. Le film a déjà commencé de quelques minutes quand on entre dans la salle ... 1ères images à l'écran : un poulain dans son champ. 

Tout remonte à la surface. Plus le film avance plus les sensations sont là : les odeurs de la sellerie, des écuries, la sensation de ma main au creux d'une encolure, le geste pour enfiler un filet, mon visage près d'un naseau, la chaleur du souffle d'un cheval entre mes doigts, la boule au ventre avant un concours, avant un exam, le stress du paddock, les pieds qui s'enfoncent dans le sable de la carrière lors de la reco, la sensation de voler quand un obstacle est vraiment haut, l'adrénaline du CSO, descendre d'un cheval encore tremblante de l'effort accompli ...
10mn après le début du film, ma fille explose en sanglots ... que se passe-t-il ? : "maman c'est trop beau il a gagné". On en est au tout premier concours ...

J'ai déjà les larmes aux yeux tant le choc temporel est grand ... alors si Pimprenelle est bouleversée du haut de ses 5 ans à peine le film commencé, on n'a pas fini ... banco ... on a pleuré tout le film : de joie, de peur, de stress, de tension, d'émotion ...

Un film que j'ai trouvé absolument magnifique et bien au-delà de mes espérances. J'avais réellement peur du résultat ... de sombrer dans le gnangnan guimauve ... certes l'histoire est plus romancée que la réalité mais les temps forts de la compétition, les choix auxquels est confronté Durand sont respectés. La photo est juste sublime, les plans magnifiques, les dialogues simples et réalistes. Sans même être concerné par ce sport je pense qu'on y trouve son compte, qu'on se laisse porter par ce parcours hors du commun. Rien de plus beau que la beauté du sport justement dans tout ce qu'il implique ... des valeurs qui semblent malheureusement un peu oubliées cette dernière décennie au plus haut niveau de certaines disciplines. 

J'ai particulièrement apprécié que le film casse aussi certains clichés. Certes, monter n'est pas donné ... mais quand on est passionné on se débrouille. A mon époque Decath n'existait pas, on faisait tourner une veste de concours entre jeunes cavaliers car ça coûtait trop cher. On faisait du co-voiturage pour aller aux compètes. Le club achetait en gros des futes pour que ça nous revienne moins cher. Bref, on n'était pas tous des fils à papa même si on n'était pas à plaindre ... nous étions des amoureux du cheval c'est tout ... des gamins qui à chaque Noël ou anniversaire demandaient des guêtres, une bombe, un tapis de selle ...
Le cheval n'est pas qu'une affaire de riches ... c'est même plus une histoire de terriens je dirais, de sans chichis, de bourreaux de travail.

J'ai hâte d'avoir des avis de néophytes sur le film pour savoir si seules ma nostalgie et mon enfance l'ont rendu beau et bon. J'ai passé un moment hors du temps, déconnectée. 
Ma décision est prise je vais remonter. Pourquoi se priver d'un plaisir si singulier qu'aucune autre activité n'a su remplacer.
 Une cocarde qui m'a toujours suivie dans mes déménagements depuis ce concours du Perray en Yvelines ... au dos j'y ai inscrit : "sans faute, 4 pts au barrage avec Pandora le 5 avril 1992, podium 3ème"

Il faut quand même que je vous dise ... mon Héros je l'ai rencontré ... longtemps après.
Le 28 janvier 1998 je suis hôtesse d'accueil en tribune officielle et présidentielle pour l'inauguration du Stade de France, au programme France-Espagne. Je me retrouve congelée et frigorifiée par -5°C en escarpins sur des marches en ciment mais pas que ... je me retrouve au milieu de la crème des plus grands sportifs français invités pour l'occasion. Alors que mes collègues n'ont d'yeux que pour les Douillet, Blanco, Prost, Platini & co (+ politiques et célébrités diverses et variées) ... je n'arrive pas à croire que c'est lui devant moi : Pierre Durand ! Je bloque ... je n'arrive pas à détourner le regard ... je pense même qu'il a dû se sentir gêné le pauvre ... qui est cette folle de 19 piges qui le mate toujours du coin de l'oeil. J'ai mon idole en face de moi ou presque. Je dis presque car pour dire la vérité je suis une rangée sous la sienne. Je ne m'occupe donc pas de lui mais d'autres people dont je me fiche éperdument ... 
Après la mi-temps, j'entends que Durand parle avec une hôtesse et un autre mec "mais non monsieur ce n'est pas votre place" , Durand de répondre "mais si ..." sans trouver gain de cause, et moi de couper court en me retournant "Monsieur Durand était bien assis sur ce siège lors de la 1ère mi-temps". Personne n'a bronché et Durand m'a regardée interloqué, me souriant j'imagine de l'avoir reconnu. Evidemment que l'hôtesse de sa rangée ne savait pas qui il était ... j'ai bien conscience que la médiatisation d'un champion de CSO ne vaut pas celle d'un joueur de foot ... perso je m'en fiche ... c'est un peu mon Zidane à moi. La Babidji a échangé 2 mots avec Pierre Durand, la Babidji a réalisé un de ses rêves d'enfant. 

A savourer sans aucun doute. 

15 commentaires:

  1. Oh quel article émouvant! Et tu n'imagines pas à quel point je te comprends...étonnamment j'ai aussi monté de 6 à 14 ans, c'était ma passion, et comme toi ça me hante encore souvent...a tel point que ce film, je ne le verrais pas, je sais que ça sera dur pour moi.

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    1. non ? sans dec ? c'est incroyable ! dommage pour le film, tu loupes un bon moment quand meme ;)

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  2. Très beau billet dans lequel tes émotions traversent l'écran ... Même si on n'a pas ton vécu, on a tous une passion et on ne peut qu'être touché par ton récit ;)

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    1. oh bah merci ! je ne pensais pas que j'arrivais à véhiculer tout ça, tant mieux :-)

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  3. Oh ben j'y connais rien mais ça m'avait l'air bien sympa ce moment avec Cerise.
    C'est chouette de pouvoir partager sa passion avec ses enfants!

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    1. et c'est un super film où il faut emmener ses enfants je trouve même ! Ca apprend énormément, qu'il ne faut pas baisser les bras au moindre obstacle, qu'un échec peut être constructif et qu'on peut réaliser ses rêves même tard, à voir vraiment !

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  4. J'ai vu la bande annonce et j'ai super envie de le voir !! Ton billet est très touchant en tout cas!!

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    1. Faut vraiment le voir et pr ce film le grand écran en vaut vraiment la peine histoire de vivre les concours à fond ! c'est top ! vas y fonce ;-)

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  5. Très touchante ton histoire, et ce que tu partages aujourd'hui avec ta propre fille !! Ce film qui tombe à point nommé, et ta rencontre avec ton idole :)

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    1. oui jamais je n'aurais cru qu'un film sorte sur Pierre Durand. Canet a réussi à rendre universelle une histoire qui au départ ne touchait qu'une bande d'accros au CSO. Entendre Canet en parler m'a aussi retournée car j'avais l'impression d'netendre ms mots dans sa bouche ! Superbe film à voir même si on n'est pas cavalier ! Magnifique ! et puis quelque soit la discipline c'est tjs une fiereté une médaille d'or aux JO ! C'est mon côté chauvin ... même en canoe-kayak je kiffe qd on gagne même si je n'y connais rien ;)

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    2. En tout cas je n'y connaissais strictement rien, et tu m'en as fait découvrir un petit bout :)

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  6. Tu m'as donné envie de le voir le film ! J'essaierai avec ma puce pendant les vacances s'il passe encore ... Même si au niveau cheval, je suis plus randonnée que concours (pas fait un seul) !

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    1. franchement on s'en fiche d'être calé ou pas ! C'est un superbe film à voir en famille (j'espère que ta fille est moins sensible et flippée que la mienne ... que d'emotions ma bonne dame !). Perso j'adore le sport en général et ce que ça véhicule et génère comme tension et émotion donc même si ça n'avait pas été de l'équitation j'aurais quand même aimé !
      Et puis pour les gosses, l'histoire du cheval en lui -même est top ! (sans être culcul non plus, hein ?) A voir sur grd écran, vraiment !

      Trop cool les randos ;) c'est la liberté absolue !

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  7. Très touchante ton histoire! Je viens tout juste de regarder le film, et comme toi j'avais l'impression d'être "hors du temps", beaucoup de souvenirs sont remontés à la surface. J'ai fait aussi de l'équitation de 6 ans à 14 ans, c'était plus qu'une passion. Je rêvais d'avoir mon cheval (et j'en rêve encore!) mais j'ai dû arrêter parce que ça faisait trop cher pour mes parents. Mais je pense que je m'y remettrai et que comme toi, j'initierai mes enfants à ce sport magnifique! Et tu as raison de vouloir remonter, il n'y a rien qui puisse remplacer les sensations que l'on éprouve à cheval!

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    1. c'est dingue tous ces points communs que nosu avons !!! en revanche c'est moi qui n'ai pas trop les moyens pr remonter maintenant ... je vais attendre septembre :-)

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