jeudi 3 mai 2012

La Femme, ce sous-Homme

« Ca va toi ?
-       oui ça va ... alors ces vacances c’était bien ?
-       oui le top. Et toi ? Tu as trouvé du boulot ?
-       Bah non, et encore j’ai de la chance je vais pouvoir me greffer à l’activité de mon mari. J’angoisse pour la solidité du couple. J’espère qu’on va réussir à bosser ensemble. Que veux-tu, c’est comme ça »

Remettons-nous dans le contexte : cette discussion je l’ai eue avec la mère d’un copain d’école de Pimprenelle que nous nommerons Violaine.
Et encore si seulement la discussion s’arrêtait à ce bref échange …

Violaine est une jolie femme de 40 ans, à la classe innée, diplômée, posée … je n’ai pas assez de superlatifs pour la définir. Violaine s’est fait lourder par son employeur au retour de son congé parental de 3 ans. Forcément la remplaçante jeune et sans enfant qu’elle avait elle-même recrutée faisait bien mieux l’affaire.
Violaine, cette femme dynamique, assistante trilingue, a été la victime de son envie d’enfants. 3 garçons plus tard, elle ne vaut plus rien sur le marché du travail. Pourtant Violaine n’est pas du genre à vouloir rester au foyer (n’y voyez aucune condescendance par rapport aux femmes au foyer, je parle ici de son choix personnel). Si congé parental elle a posé, c’est parce qu’elle n’avait pas le choix avec 2 enfants en bas âge et un autre plus grand à élever.
Seulement voilà, pour elle, travailler est vital. Jamais oh grand jamais elle n’a souhaité abandonner son statut de working woman. Elle ne tient plus en place, tourne comme un lion en cage, rêve de vêtir son tailleur et ses talons pour autre chose qu’une sortie d’école à 17h.
Seulement voilà, Violaine a 40 ans et 3 enfants. Certes, elle se fait convoquer à plusieurs entretiens, son CV est maintes fois retenu. Malgré la crise, on la rappelle. Quand vient le moment fatidique de la rencontre, tout bascule. Après les questions purement professionnelles viennent les plus personnelles :

« Madame, vous avez des enfants ?
-       oui
-       combien ?
-       3
-       3 ?
-       oui ??!!?!?!!!
-       quand on fait 3 enfants Madame c’est qu’on n’a pas envie de travailler. »

A cet instant je vous sors la version édulcorée. Au fur et à mesure qu’elle me raconte les inepties des DRH, les yeux me sortent des orbites !
Mêmes réponses absurdes qu’elles viennent de recruteurs ou de recruteuses. A leurs yeux, une mère de 3 enfants = risque d’absence multiplié par 3, sans même demander si elle a des possibilités de garde, sans même lui demander si son mari travaille, si elle est entourée, en oubliant dans l’instant les raisons pour lesquelles la femme en face d’eux à été convoquée : soit des compétences qui correspondaient au profil recherché.

Violaine m’avoue broyer du noir, m’avoue déprimer, m’avoue regretter son départ de Paris persuadée que dans la capitale elle aurait pu trouver chaussure à son pied. Le rouleau compresseur semble avoir fonctionné puisque elle-même déclare que si elle était employeur elle ne se choisirait certainement pas, qu’il fallait être lucide.
Les bras m’en tombent.

Effectivement, Violaine n’est pas à plaindre, financièrement parlant, car son mari est médecin spécialiste, qu’il gagne bien sa vie, qu’elle va pouvoir gérer la partie administrative et le secrétariat du cabinet.
Mais pour elle c’est une question d’honneur. Elle a envie de s’accomplir, d’être indépendante … de travailler tout simplement et, si possible ailleurs qu’aux commandes de son mari. Elle craint pour son couple, elle craint de ne pas trouver sa place.

Je suis assommée une fois de plus par ma naïveté, par ma condition de commerçante loin des entretiens d’embauche.
Je suis également flippée. J’ai toujours clamé haut et fort que je me donnais jusque 35 ans pour décider de mon avenir professionnel. A savoir que si notre petite entreprise ne décollait pas réellement, je rechercherais un poste de salarié. Je prenais en compte les problèmes de chômage certains, le trou qui s’est chaque année un peu plus creusé dans mon CV puisque ma formation ne correspond en rien avec mon activité actuelle. En revanche, je n’avais jamais imaginé que mes filles pourraient être un poids, je dirais même  plus : un handicap !

Je me pose juste une question : est-ce qu’un homme qui passe un entretien d’embauche et qui a 3 gosses serait d’office radié de la liste des candidats potentiels ? Je ne le pense pas puisque apparemment dans l’inconscient collectif c’est bobone qui en premier lieu doit accourir au chevet des gamins !

Ce soir là, en rentrant de l’école j’ai eu mal pour elle, j’ai eu mal pour nous les femmes.

Ce sentiment de rejet par la société s’est encore accentué lorsque dans la foulée j’ai ouvert mon fidèle Marie-Claire du mois de mai (encore en kiosque pour peu de temps).
Autre sujet, autre débat … une enquête à faire froid dans le dos sur le traitement des femmes par les professionnels de santé. Je vous ai scanné la partie sur la prise en charge de ce qui touche au plus intime de notre condition, celle des services de gynécologie. J’ai eu énormément de chance lors de mes accouchements avec des personnels soignants exemplaires au CHU St Vincent de Paul à Lille, et au CHU de Grenoble. J’ai justement pris conscience de la chance que j’avais eue en écoutant ou en lisant des témoignages  de mères littéralement affligeants. Bien sûr je ne fais pas une généralité de ces lourdes expériences … pourtant les enquêtes sont bien là … 

Pourtant en 2012, les magazines féminins doivent encore dénoncer l’impensable : la condition de la femme, ce sous-homme.

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25 commentaires:

  1. Et oui, malheureusement on en est toujours là. D'un côté si tu veux bosser c'est quasi une tare d'être mère, de l'autre si tu as 40 ans et que tu annonces que tu n'as pas d'enfants on te regarde de travers ("à 40 ans elle a sûrement eu un problème de stérilité!") Comme tu le soulignes si justement pourquoi est-ce la mère qui doit s'occuper de récupérer son enfant malade? Dans la boîte où j'ai bossé l'an passé, le père alternait avec sa femme pour gérer ces situations. Pourtant dans la tête des employeurs ça relève du rôle de bobonne. Consternant!
    Quant à l'article que tu relayes, je suis juste... soufflée!
    Quand tu penses que la dernière "soit-disant" victoire du féminisme c'est l'éradication du mot "Mademoiselle"... Soupir!

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    1. oh merci mille fois pr ta conclusion ! pourquoi les féministes ne se battent-elles pas pr les vraies causes ! pensons au "mademoiselle" une fois le reste reglé SVP !!!

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  2. Ton article me parle, d'autant plus que j'ai aussi trois enfants et que j'étais comme une vraie zombie avant la reprise du travail, toute femme de spécialiste que j'étais.
    Bon par contre je n'ai pas eu de difficulté à reprendre dans un milieu professionnel où on allie le social à l'associatif mais je ne cherche même pas à me reconvertir comme j'en rêverais au fond sachant que je dois effectivement assurer l'intendance intégrale auprès des Numéros, bon je ne me plains pas, j'ai fait mes choix ... Déjà rien que le fait de bosser, je le prends comme un privilège

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    1. en fait ce que je dénonce c'est la stigmatisation ! moi aussi j'ai fait des choix comme celui de bosser pour l'Homme ... donc je ne me plains pas de ne pas etre complètement indépendante financièrement (si on m'avait dit ça à 18 ans !!! ) et j'assume vu qu'il n'y a pas eu de contrainte ni familiale ni extérieure ! en revanche c'est dingue de se faire recaler d'office parce que tu as 3 gosses ... c'est sûr ma soeur qui en a eu 4 a troqué au 3ème sa carrière de sup de co à celle d'instite ! mais si tu veux bosser dans une boîte privée, PME traditionnelle tu es fouttue ! et ce qui m'a fait le plus mal c'est sa résignation ... celle que tu dois vivre après de nombreuses claques, celle qui te fait comprendre ta situation d'outsider !

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  3. C'est tout bonnement scandaleux… J'ai aussi mal pour ton amie. C'est impensable et franchement ça me révolte ! Cette femme a très certainement de bien meilleures compétences que certains des mecs qui ont du passer les entretiens d'embauches et qui eux ont été retenus parce que soit ils n'ont pas d'enfants (en même temps, ça, on ne le demande pas à un homme, s'il a des enfants) soit parce que tout simplement ce sont des hommes. Ce serait vraiment bien si la loi du congé paternité aussi long que celui de maternité soit votée. Ça remettrait déjà un peu d'égalité ; ce serait déjà un premier pas.

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    1. je suis bien d'accord avec toi sur le congé paternité ! ellepostule en plus pr des postes d'assistante ... secrétaire quoi ... donc un métier essentiellement féminin (oui encore les caricatures) et ils doivent bien se douter qu'une femme ça fait des enfants !!! à la limite qu'ils se disent : les siens sont faits au moins pas de congé mat. ! en fait ils ne sont jms satisfaits ! si t'en as pas ils flippent que tu tombes enceinte et quand tu en as ils flippent que tu ne sois jms là !!!

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  4. Je n'aurai qu'un mot: dégueulasse...

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    1. je dois vraiment vivre sur une autre planète car j'ai pris les 2 histoires (boulot et santé) en pleine face comme quand on annonce à un gamin que la vie c'est pas éternelle ou que le pere noel n'existe pas !!!

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  5. Très joli billet ma chère ! Je rejoins Marilou sur le dégueulasse ! Quand cesserons nous d'être considérée uniquement comme des mamans ?

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    1. j'ai vraiment l'impression d'être en total décalage avec la réalité puisque j'ai eu la chance de ne jamais avor de job où j'étais moins considérée qu'un homme (même si au final quand on regarde les boss étaient des mecs ... à mon avis l'ascenseur pro fonctionne un peu mieux quand on a une quequette), que je dois avoir finalement une haute estime de moi n'ayant jamais eu la sensation de pvr être moins "bien" qu'un homme ... mais le jour où je vais chercher du boulot je crois que la donne va être tte autre, je vais prendre une claque !!!

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  6. Malheureusement, même si on a pas encore d'enfants on peut être recalé..Une amie à moi s'est vue refuser un poste d'assistance car elle était en âge d'avoir des enfants...c'est tristement la réalité!! Quand à ton article, il suffit de voir comment j'ai été traitée quand je suis allée à l'hôpital ( j'étais en vacances chez mes parents) pour une menace de fausse couche....scandaleux!!!

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    1. c'est exactement ce que je disais plus haut à Soizic pr le boulot : "en fait ils ne sont jms satisfaits ! si t'en as pas ils flippent que tu tombes enceinte et quand tu en as ils flippent que tu ne sois jms là !!!"
      maintenant que tu me parles de menace de fausse couche ... ça me rappelle la même pour moi pr Cerise ! j'ai fait une fausse couche 8 ans avant d'avoir Cerise et, au début de ma grossesse pr elle, à 2 mois, j'ai perdu bcp de sang, j'étais sure que je perdais une fois de plus l'enfant ... urgences ... j'ai aussi été traitée comme une moins que rien par l'echographe qui ne comprenait pas pkoi les urgences lui envoyait mon cas juste pr vérifier que le bbé était encore en vie ! genre 'on s'en fiche c'est bon tu me déranges pr rien là !' juste hon-teux ! mais ton expérience vaut peut-être un post pr témoigner et peut-être même pr aider des femmes qui auraient vécu la même chose et qui se sentiraient seules ou honteuses d'en parler !

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    2. Promis j'y réfléchis...

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  7. Tout est juste dans ton billet, c'est la triste réalité, et c'est scandaleux. je me pose souvent la question de savoir pourquoi je ne suis pas féministe, peut-être par-ce que, à mon sens, elles ne mènent pas les bons combats...

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    1. je partage entièrement ta vision du féminisme ... les grandes défenseuses des années 60 et 70 doivent ne pas trop se reconnaître en leurs successeurs

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  8. Je pense qu'elle a le droit de mentir sur son nombre d'enfant car cela n'a aucune influence sur ses compétences. J'en parle ici :

    http://nobodystopie.blogspot.fr/2011/08/mensonge-lentretien-dembauche-alias-le.html

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    1. je viens d'aller te voir direct sous ce post chez toi ! et comme je te le disais dans l'absolu on ment tjs un peu pdt les entretiens d'embauche (je ne parle pas sur les compétences bien sûr) comem sur nos points positifs ou négatifs alors pourquoi pas sur les gosses ! ce devrait de tte façon interdit cette question et considérée comme étant discriminatoire, ce que c'est en réalité !

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  9. Oh oui je pense que cette question devrait être rayée des entretiens !! c'est pas normal ça, car comme tu dis, un homme qui aura lui aussi 3 enfants, t'en fais pas que pour lui ça ne posera aucun problème car dans les mentalités c'est enfant=maman !!!
    Et puis surtout une maman qui a des enfants ne sera surement pas plus absente qu'un autre salariés qui lui passera son temps en arrêt maladie !!

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    1. je suis entièrement d'accord avec toi sur le sjt des arrêts maladie ... il y en a plein qui abusent et ce n'est pas écrit sur le front au moment de l'entretien !

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  10. C'est bien triste mais moi je crois qu'il est plus rassurant pour un employeur quand une femme a 3 enfants que quand elle en a un ! Y a moins de chance qu'elle se retrouve encore en congé mater ! En tout cas, moi j'ai eu de gros soucis après mon premier avec des questions directes en entretiens du genre : quand pensez-vous faire le 2iè ? !

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    1. c'est surréaliste qu'on pose les questions de façon aussi cash ! on voit que j'ai été déconnectée du monde salarial dps pas mal de tps ! en ts les cas que ce soit parce que tu en as ou que tu n'en as pas encore, la question devrait être tt simplement interdite ... je ne suis pas dupe, même si ça l'était les employeurs ne se gêneraient pas pr la poser ou pr enquêter !!!

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  11. J'ai 34 ans, 4 enfants (bientôt 9 ans, les jumeaux ont 3 ans passés, et ma fille 2 ans). Et j'ai un post intéressant. J'y suis arrivée petit à petit, et mes enfants n'ont jamais été un poids pour mes différents employeurs. J'ai beaucoup de chance. J'avais oublié. Ton post m'a ramené à une réalité amère et dure...

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    1. oui en fait c'est un peu notre problème à toutes pour quelque raison que ce soit, quand tt se passe bien ou qu'on est déconnecté comme moi car je bosse à mon compte, on hallucine en étant à nouveau face à la réalité ... l'humain est ainsi fait, quand tt va bien on oublie vite ! merci à toi d'être passé par là :-)

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  12. Bonjour,
    j'ai parcouru ton blog (merci pour tes commentaires sur le mien, ça me fait tjrs très plaisir).
    En France il faut choisir, on nous fait croire que nous avons le choix mais c'est faux évidemment... Le but c'est de maintenir les femmes à la maison (question de pouvoir) et de baisser les stats du Pôle Emploi... Toutes les mesures mises en place (congé mater, congé parental... ) sont des pièges très attrayants sur le moment mais qui se révèle de vrais toiles d'araignées quand on veut en sortir...
    Voilà un petit billet, j'en avais déjà parlé moi aussi... lol http://alicedu64.wordpress.com/2012/03/08/la-journee-de-la-femme-nest-pas-marine/

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  13. je viens d'aller sur ton blog te lire et c'est juste hallucinant nous avons pondu un texte sur le meme sjt dont nous partageons le même avis je vais te polluer ton article avec mon lien mdr :-)

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