jeudi 15 mars 2012

Syrie : 12 mois de lutte

Ca fait des semaines voire des mois que je ne sais comment aborder le brûlant sujet de la Syrie ... ne sachant trop si en parler ici est réellement approprié ...

Aujourd'hui, ça fait un an jour pour jour que le peuple syrien se soulevait contre le régime de Bachar al-Assad entraînant une repression sanglante. Un an que le peuple souffre, un an que les enfants sont pris pour cible, un an que les blessés révolutionnaires, les ambulances et les hôpitaux sont pris pour cible, un an que les journalistes sont pris pour cible.

Même si je ne peux absolument rien faire pour cette cause ... comment le pourrais-je alors que l'ONU elle-même est dans l'impasse ... je peux cependant dénoncer.
Un impératif : ne jamais se taire, ne jamais s'habituer à un conflit comme ce fut le cas pour la Serbie et la Bosnie, le Rwanda, ou encore aujourd'hui le Darfour, la Palestine et Israël ... les informations les plus attroces finissent toujours par glisser ... glisser sur notre conscience ... notre conscience incapable d'en supporter plus.

Qui s'insurge encore quand il entend aux infos un Xème attentat à Bagdad au triste bilan d'une dizaine de morts ? Qui cela rend malade un village afghan pris pour cible par erreur ? 
Le temps joue contre les victimes. Les étrangers s'habituent. Les journalistes télé continuent à en parler tels des automates eux-mêmes blasés par la routine de ces guerres qui s'embourbent ... sans action, sans 'scoops', comment garder la fougue, la flamme pour couvrir l'actu qui n'en est d'ailleurs déjà plus une à leurs yeux, eux qui ne sont pas sur le terrain, aussi loin que leurs propres téléspectateurs. Ils en parlent pour se donner bonne conscience ... la conscience, elle encore.

C'est tout ce qu'il ne faut pas pour la Syrie : oublier, jamais. La tragédie syrienne, c'est que pour le moment la violence joue en sa faveur. La repression est telle, la surenchère d'immondices telle, que le pays continue à faire les UNE. 

Loin de moi l'idée que tous les journalistes fonctionnent à la quête au scoop. Je dénonce le système du media business qui cherche à vendre du papier, le système des rédactions télé et radio qui courent après l'audience au détriment de l'info de qualité.
Dans ce conflit des journalistes ont risqué leur vie, des journalistes sont morts afin de dévoiler à la face du monde la folie meurtrière de Bachar al-Assad. Je pense tout particulièrement à Rémi Ochlik, enterré le 7 mars dernier. 2 articles incontournables à lire, merveilleux hommages à ce reporter hors-pair : Rémi Ochlik tué en Syrie et L'adieu à Rémi par ses pairs (ou cette vidéo).  
Journalistes piégés, journalistes traqués alors qu' al-Assad continue à clamer qu'il n'en a aucunement après les reporters occidentaux, tout comme le fait de vouloir protéger son peuple en lui tirant dessus et en le torturant ...

Comment la Chine et la Russie ne lâchent-elles pas leur veto ? 
C'est sûr, mis à part l'aspect économique des gisements de gaz syriens, si on s'en prend à la Syrie, elles seront les prochaines sur la liste ... surtout la Chine qui, outre le problème tibétain, s'est déjà vu pousser des ailes avec l'émergence de jeunes chinois prêts à réitérer le printemps arabe dans leurs contrées.

Chez nous aussi on a madame l'Autoritaire. Marine Le Pen a refusé sur le plateau des Paroles et des Actes de dénoncer le régime de Bachar al-Assad prétextant que dans chaque conflit il n'y a pas que des bons et des méchants, que les occidentaux armaient des islamistes, des extrémistes pas forcément plus fréquentables que le régime en place. Certes, elle n'a peut-être pas tort sur toute la ligne, mais en quoi cela l'empêche de dénoncer ce régime ? en quoi est-ce antinomique ? j'avais envie de la giffler ... j'avais envie de lui mettre le nez dans le sang de ces gamins qu'on trucide, j'avais envie de lui injecter la douleur des familles, j'avais envie de l'envoyer dans le premier charter destination Homs.

Aujourd'hui en ce terrible anniversaire, en cette année de lutte extraordinaire au sens littéral du terme, des mails de Bachar al-Assad et de son épouse nous divulguent que leur vie est identique à l'avant mars 2011, révélant les achats exhorbitants de produits de luxe ou bien pire, les conseils de leur voisin iranien les conseillant sur la voie à suivre pour brimer leur peuple.

Si j'habitais aujourd'hui en Syrie, en Corée du Nord, à Cuba ou en Chine, ce post n'existerait pas ... ou peut-être que oui ... peut-être que dans ces pays l'oppression m'aurait donné le courage pour le publier et risquer ma vie. 

A quel moment le désespoir est tel que sa propre vie n'est plus rien face à la quête de la Liberté ?

REUTERS/Mohamed Azakir

Le 27 mai, la mort d'un garçon de 13 ans devient le symbole de la brutalité syrienne. Arrêté le 29 avril, Hamza al-Khatib est rendu à sa famille après avoir été fouetté, électrocuté, émasculé et assassiné d'une balle dans la nuque. Dès lors, son portrait et des images de son corps mutilé seront montrés à toutes les manifestations.

20 commentaires:

  1. tu as bien fait d'écrire cet article !!
    car j'avoue que moi je ne m'y étais pas intéressé avant que tu en parles....
    Mais hélas il n'y a pas que ce pays ou tout va mal. Et c'est vrai que l'on se dit : mais qu'est ce qu'on peut y faire ? à part espérer qu'un jour, les peuples viennent à bout de leur dictateurs....

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. tu as entièrement raison il y a un paquet de pays où ça part en vrille mais là on atteint des sommets ... même le Yemen a réussi à se sortir "en douceur" de la dictature ... pourquoi pas la Syrie ? al-Assad est juste fou et c'est horrible car il n'a pas la gueule de l'emploi dans ses costumes occidentaux .. on dirait ton banquier !

      Supprimer
  2. je viens de lire quelques articles dessus, quel horreur pour ces enfants et femmes, ça fend le coeur, et il n'y a même pas de mots pour ces atrocitées !!

    j'ai vu que la Russie et la Chine s'opposaient aux idées de l'ONU, mais ça m'étonne pas, vu que chez eux aussi il n'y a pas de liberté de presse, ils ont peur que ça leur arrive à leur tour !!7
    Tu sais en Corée du nord aussi, on en parle très très peu mais il se passe de sales choses aussi là bas.

    Je me dis souvent que j'ai beaucoup de chance d'être née en France ....

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. tu ne le croiras jamais mais c'est vrai j'ai croisé en trekking au Népal l'actuel dictateur de la corée du nord ... à l'époque seulement fils de ...
      La Corée du nord affame son peuple ... ils crèvent de faim au point de bouffer parfois leurs cadavres dans les campagnes les plus reculées ... le peu de reporters qui a réussi à s'infiltrer a divulgué des choses en effet attrcissime ...

      Supprimer
  3. Ça fait du "bien" de lire un article de fond, un article qui cadre ou recadre et pour cela je te dis merci.
    La situation est dramatiquement immuable à croire qu'elle convient à tout le monde ou qu'elle ne touche personne d'autre que les syriens.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. je pointe ud doigt le probleme syrien mais c'est évident qu'il y a plein d'autres pays où ça ne va pas ... où les peuples sont brimés sous des dictatures ... mais jepense qu'avec la Syrie on atteint des sommets ... une fois de plus on pensait ce genre de pratiques terminées et bien non ...
      et merci pour ton commentaire la Fée :-)

      Supprimer
  4. Tu as écrit un très bel article. Je n'ai rien à ajouter !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci ça me touche énormément ce que tu dis ! si finalement ça peut aider à faire parler du probleme syrien ma foi ce sera déjà ça !

      Supprimer
  5. "A quel moment le désespoir est tel que sa propre vie n'est plus rien face à la quête de la Liberté ?"

    Question bouleversante et si pertinente....

    merci pour ton article

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. tu sais à quel point ça me touche d'avoir de tels compliments de ta part ... tellement j'admire tes analyses de notre société.

      Supprimer
  6. Magnifique article. Vraiment. Ça remet les choses en place et ça fait du bien !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. ça ne fait pas trop avancer le schmilblik mais j'ai déjà la satisfaction d'avoir informer Audrey ci-dessus qui n'était apparemment pas au courant de tt ce qui se tramait en Syrie (d'ailleurs on doit être loin de s'avoir tt ce qui se passe réellement) c'est déjà ça de pouvoir attirer l'attention ! merci pour tes gentils compliments Thalie !

      Supprimer
  7. Pas de mot..mais beaucoup d'émotions!!! Merci

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. merci de me remercier de t'avoir plombé le moral une fois de plus ;-) je plaisannnnnte !

      Supprimer
  8. Article indispensable qui vient des tripes et qui secoue notre torpeur d'européen devenu blasé devant les infos. Merci Babidji!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. moi aussi je suis effondrée en pensant à l'accident de car comme tt le monde mais quand ce sont des gosses irakiens ou syriens ça émeut moins ... bizarre non ?

      Supprimer
  9. je me suis déjà fait la réflexion que malheureusement, comme tu le dis, on "s'habitue" à entendre parler de ces conflits. Et là je culpabilise. Vraiment, ça craint :(

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. moi aussi je culpabilise et le comble c'est qu'avant j'étais journaliste radio ... je me souviendrai toujours des premiers morts que j'ai annoncés ... je me souviens aussi de l'angoisse des lundi matins en ouvrant le journal et en priant de ne pas avoir une fois de plus la mort de jeunes conducteurs rentrant de boîte à annoncer ... puis il y a ts ces morts ! j'ai commencé mon jobavec la guerre en Irak et deux ans apres je faisais comme les autres : annoncer ça en une ligne dans mon flash car la ligne edito veut que tu parles de ce qui se passe dans ta région en premier. Les 100aine de morts d'un seisme au pakistan par ex. et bien t'en parles si tas le temps ! c'est ce que je detestais dans ce boulot !

      Supprimer

On discute ?